
Attention, cette chronique contient des spoilers sur le film Rogue One et la série Andor.
Cela fait plus de cinq ans maintenant que j’ai publié ma chronique consacrée à l’univers de Star Wars. À l’époque où je l’ai écrite, l’épisode IX venait de sortir au cinéma. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Il n’y a pas eu de nouveaux films, mais nombre de nouvelles séries : The Mandalorian, Le Livre de Boba Fett, The Bad Batch, Ahsoka, The Acolyte, Skeleton Crew… mais également Andor dont la fin de la saison 2, diffusée il y a quelques semaines justifie l’existence de cette chronique.
J’avais envie de vous partager mon avis sur cette série, et comme il y a cinq ans je soulignais déjà à quel point le film Rogue One m’avait plu, l’occasion était trop belle de faire une pierre deux coups en évoquant également ce long-métrage sans lequel Andor n’aurait jamais vu le jour.
Rogue One : A Star Wars Story (2016)
Les points forts
Une véritable ambiance de guerre
Le point de départ qui a donné naissance à Rogue One, c’est une phrase présente dans le texte d’introduction d’Un Nouvel Espoir, expliquant qu’un groupe de rebelles a réussi à dérober les plans de l’Étoile de la Mort. La première force de ce film est donc d’avoir réussi à nous délivrer un récit haletant, mettant en scène toute une ribambelle de personnages, en partant de cette simple phrase. À sa sortie, Rogue One s’est également distinguée parce qu’il différait de ce qu’on avait l’habitude de voir dans des films Star Wars jusque là. Du tout premier film sorti en 1977 jusqu’au Réveil de la Force sorti en 2015, les réalisateurs de Star Wars nous avait habitués à mettre principalement en scène des Jedi et des Sith. Or dans Rogue One, les premiers sont totalement absents du film quand les seconds (représentés par Dark Vador) doivent se contenter de brèves apparitions. Le seul lien avec la Force présent dans le film est incarné par le personnage de Chirrut Îmwe.

Dans Rogue One, le spectateur suit donc des soldats lambdas. Exit également le portrait idéalisé de la rébellion qui nous était présenté jusqu’alors. Ce film a planté les graines d’une vision qui a trouvé son essor dans la série Andor quelques années plus tard, celle d’un mouvement désorganisé, constitué par des combattants dont la morale n’est pas toujours aussi lumineuse qu’un héros comme Luke Skywalker. Le ton est donné dès les premières scènes du film lorsque Cassian assassine l’informateur rebelle et se retrouve renforcé plus tard par sa tentative avorté d’assassinat de Galen Erso. Oui, pour combattre un régime tyrannique, il faut parfois se salir les mains. Rogue One a eu le mérite de nous le rappeler, pour mettre en scène un conflit plus réaliste, loin de la vision idyllique de la Trilogie originale. Cette description, plus nuancée, d’une Alliance Rebelle prête à employer tous les moyens nécessaires pour battre l’Empire m’avait fortement séduit à l’époque lorsque j’ai visionné le film pour la première fois. C’est assurément une des principales qualités de ce film.
Le visage humain de la rébellion
Toujours dans ce soucis de raconter un histoire nuancée qui en finit avec le manichéisme, Rogue One met en scène des personnages qui connaissent tous un destin tragique, puisqu’aucun d’entre eux ne survit à la bataille de Scarif. Cet élément du scénario donne au film une ambiance de « film de mission suicide ». Non comptant de donner un visage à des rebelles qui sont morts pour défendre leur cause, le film laisse en nous une certaine émotion en nous montrant tour à tour la mort de chaque membre de l’équipe Rogue One. La scène de fin durant laquelle Cassian et Jyn se tiennent la main sur la plage, en faisant face à l’explosion qui se dirige vers eux, le tout accompagné par une superbe musique, est particulièrement émouvante.
Le film parvient à donner de l’espace à chaque personnage pour nous permettre de bien identifier leurs personnalités et leur motivations. Même si l’on reste dans le modèle du héros standard, animé par l’envie de faire le bien, Rogue One dépeint les personnages sous un regard plus humain. Jyn au début du film n’a que faire de la cause rebelle et souhaite simplement retrouver la liberté ; Cassian, bien que membre de la rébellion, se retrouve à commettre des actes immoraux ; Bodhi, ancien membre de l’armée impériale, laisse entrevoir sa peur à de nombreux moments au cours du film ; Baze semble avoir perdu la foi en la Force, etc. En dépit de leur sens du devoir, chaque personnage semble donc trainer derrière lui un défaut. Cela permet au spectateur de s’attacher à cette équipe. Et créer cet attachement était un élément indispensable pour faire en sorte que leur mort soit difficile à encaisser: c’est donc un pari réussi. J’ajouterai également que le droïde K2 se distingue fortement parmi tous ces personnages, grâce à son sens de la répartie et ses répliques comiques. Il a lui aussi droit à un beau sacrifice au service de son maitre Cassian.
Du côté de l’Empire, Dark Vador occupe suffisamment peu de temps d’écran pour ne pas voler la vedette au méchant principal du film, le directeur Krennic. Le seigneur Sith se paie tout de même le luxe d’être au centre d’un moment devenu mythique, avec la fameuse scène du couloir durant laquelle le spectateur prend plaisir à voir Vador déchainer toute sa puissance contre les pauvres soldats rebelles. En ce qui concerne le directeur Krennic, sa mort, comble de l’ironie, est particulièrement réussie, puisqu’il finit par être tué par l’arme qu’il a lui même contribué à concevoir.
D’une façon plus subtile, le spectateur prendra également plaisir à voir revenir tout un tas d’autres personnages des anciens films comme la sénatrice Mon Mothma, Bail Organa ou l’amiral Tarkin. Même le docteur Evazan (le criminel de la cantina qui se fait couper le bras par Obi-Wan dans Un Nouvel Espoir) à droit à un clin d’œil, avec une courte apparition sur Jedha.
Un cadre visuel impressionnant
L’un des points forts du film, c’est aussi sa réalisation avec des plans magnifiques, comme ceux mettant en scène l’Étoile de la Mort (sa première apparition et son arrivée sur Scarif), celui qui montre l’arrivée du vaisseau de Krennic sur Lah’mu ou encore ceux montrant les explosions provoquées par l’Étoile de la Mort, que ce soit sur Jedha ou sur Scarif (explosions qui sont clairement inspirées des bombes atomiques). Les effets visuels sont très réussis, aucun ne sonnent faux. Dans l’esthétique de la bataille de Scarif, on sent fortement l’inspiration venue de la guerre du Pacifique ou bien de celle du Vietnam, que ce soit dans les tenus de combat des rebelles ou dans les décors. De nouveaux types de combattants font leur apparition du côté de l’Empire, avec les Death Troopers qui font office d’escorte pour Krennic et dont les armures ne sont pas sans rappeler celle de Dark Vador, et aussi les Shore Troopers.
Les scènes de bataille spatiale sont aussi très réussies, avec de bonnes idées de mise en scène comme le bouclier planétaire sur lequel viennent s’écraser les vaisseaux rebelles ou la collision entre les star destroyers impériaux.
Les points faibles :
Je n’ai pas énormément de reproches à faire à Rogue One. On peut certainement reprocher un rythme trop rapide dans les 20 premières minutes, le film passant assez rapidement d’une planète à une autre (Lah’mu, anneau de Kafrene, Yavin 4, Wobani, Jedha). Même si le réalisateur prend à chaque fois le soin de laisser apparaitre le nom de la planète en question, il faut tout de même rester concentré si l’on ne veut pas perdre le fil.
Certains éléments du scénario sont également installés sans trop de justifications, comme le fait que Galen Erso, ingénieur impérial, soit en relation avec le rebelle extrémiste Saw Gerrera. Cette relation semble être installée uniquement pour justifier la présence de Jyn comme intermédiaire entre le rebelle campé par Forest Whitaker et l’Alliance Rebelle. Le fait que les bombardiers rebelles trouvent immédiatement la localisation de la base sur Eadu, alors qu’il a fallu à Cassian les indications de Bodhi pour la trouver quelques minutes plus tôt, semble également être une facilité du scénario.
J’ai aussi un peu de mal avec le fait que 3 morts sur 6 (Chirrut Îmwe, Bodhi Rook et Baze Malbus) soient imputables à des explosions de grenades. J’ignore s’il y a une symbolique particulière derrière ce choix, mais cela fait un poil répétitif.
Rogue One est à mes yeux le meilleur film Star Wars qui ait été produit par Disney. Son ambiance particulière et sa vision plus réaliste font de lui un objet à part dans l’univers de Star Wars.
Andor – saison 1 (2022)
Les points forts :
Le curseur de Rogue One, poussé encore plus loin
Avec cette série, Tony Gilroy, le créateur de la série qui avait déjà travaillé comme scénariste sur Rogue One, a fait le choix d’aller encore plus loin dans sa vision de l’univers de Star Wars. Il nous propose là une série avec une ambiance de film d’espionnage. Si les utilisateurs de la Force n’étaient que peu présents dans Rogue One, ils sont totalement absents de cette histoire qui nous montre des personnages qui vont devoir se battre avec le peu de moyens mis à leur disposition. L’approche plus réaliste dans l’appréhension de l’univers de Star Wars est encore présente dans cette série. La rébellion est toujours présentée comme divisée entre différents factions qui suivent toutes leurs propres idéologies et leurs propres méthodes.

Mais ce qui m’a surtout frappé en visionnant cette première saison, c’est qu’à de nombreux instants, on sent que les scénaristes ont vraiment pris la peine de réfléchir et de se demander « Si cela existait vraiment, comment cela pourrait-il fonctionner ? ». Cet aspect se ressent particulièrement dans l’introduction d’une nouvelle faction : le BSI, ou Bureau de la Sécurité Impériale, chargé du travail de renseignement au sein de l’armée de l’Empire. Le travail d’orfèvre réalisé par ce dernier pour récolter des informations sur les cellules rebelles est finement décrit. Dans la grande majorité des œuvres de l’univers de Star Wars, les réalisateurs se seraient contentés de nous montrer des officiers ordonnant l’envoi d’un peloton de stormtroopers à tel endroit grâce à des renseignements glanés par des espions. Dans Andor, plutôt que de suivre systématiquement des soldats, le récit va se focaliser sur le travail préalable qui aura permis au BSI d’obtenir une information. Il y dans la manière de décrire cet organe un vrai côté administratif, avec des réunions, des rapports, etc. Une vision réaliste qui donne à la série tout son charme et toute son identité.
Un voyage, aussi bien spatial, que narratif
Le scénario est globalement bien ficelé et nous permet de voyager entre différentes planètes. La structuration du récit est vraiment bonne, on sent vraiment le passage d’un chapitre à un autre (la fuite de Cassian, le casse sur Aldhani, le passage en prison, etc.). Les séquences d’action ne sont pas présentes à tout bout de champ et les moments plus tranquilles sont agréables à regarder en raison de la tension dramatique qui pèse en permanence sur les personnages. La gestion du rythme est également bonne : le fait qu’il y ait par exemple 2-3 épisodes de préparation pour le casse d’Aldhani permet de dépeindre au mieux la difficulté de la tâche à accomplir. Le fait de suivre plusieurs personnages (Andor, Luthen, Meero, Syril, Mon Mothma) permet de rendre le récit dynamique et apporte une vraie richesse au scénario, tant en termes de personnalités que de décors.
Tous les personnages sont d’ailleurs très attachants, même ceux qu’on pourrait avoir raison de détester, comme Syril qui a vraiment un côté « bon élève » qui veut uniquement faire correctement son travail. Et surtout, comme dans Rogue One on sort du manichéisme traditionnel de Star Wars puisque plusieurs personnages du côté de l’Empire se retrouvent humanisés (l’aspect candide du personnage de Syril, le général impérial sur Aldhani qui a une vie de famille) tandis que de l’autre côté, les rebelles sont montrés en train de commettre des actes immoraux : meurtres, mensonges, manipulation. Les personnages connaissent aussi une vraie évolution tout au long de la saison : Andor qui voulait juste sauver sa peau, finit après un long voyage narratif, par rejoindre la rébellion. Son arrestation arbitraire sur Niamos lui a fait comprendre que même en menant une vie tranquille, l’Empire ne cesserait jamais de constituer une menace pour lui. Le point d’orgue à ce revirement aura sans doute été le discours final de Maarva. Mon Mothma finit par accepter de sacrifier sa famille pour servir la cause rebelle. Meero se retrouve confronté à la réalité du terrain sur Ferrix et laisse disparaitre toute la froideur et l’assurance qu’elle avait affichée jusque là. La série continue également dans la droite lignée de Rogue One dans sa gestion des morts des personnages, elles aussi nombreuses (3 survivants sur 7 au casse de Aldhani, les victimes civiles sur Ferrix).
Le sens du détail
J’aimerai aussi saluer la qualité de la musique de la série. Le thème principal d’Andor est très mélancolique, celui de Mon Mothma retranscrit très bien la tension autour de ce personnage. Le son a d’ailleurs une vrai importance dans la série, et cela transparait notamment lors de l’acte final (les cloches qui retentissent sur Ferrix, le son utilisé pour torturer Bix).
On peut aussi noter la volonté de revenir à des accessoires davantage proches de la science-fiction des années 80. Les costumes sont aussi très réussis et permettent de bien marquer l’appartenance à différentes factions, que ce soit les tenues traditionnels sur Aldhani, les bleus de travail sur Ferrix ou les habits luxueux des sénateurs et surtout le manteau blanc des officiers du BSI qui sont non sans rappeler les tenus des officiers allemands de la Seconde Guerre Mondiale.
Les points faibles :
Ce qui constitue à mes yeux la force de cette série, c’est le fait qu’elle détonne véritablement avec ce qu’on l’habitude de voir dans Star Wars. Si j’ai énormément apprécié son ambiance, je suis conscient qu’elle ne peut pas plaire à tous les fans de cette saga. Ceux qui n’apprécient Star Wars que pour ses duels de sabre laser et ses batailles spatiales avec des milliers de vaisseaux risquent certainement de trouver cette série ennuyeuse ou sans intérêt.
Andor – saison 2 (2025)
Les points forts :
Un récit qui brille par ses idées et sa structuration
Cette deuxième saison reste fidèle à la première en nous présentant des intrigues complexes qui s’installent sur le long terme. L’histoire peut se décomposer en trois actes différents : un premier acte centré sur le mariage de la fille de Mon Mothma et la mission de Cassian pour récupérer un prototype de vaisseau impérial ; un deuxième (le plus important à mes yeux) autour de la planète Ghorman ; et un acte final durant lequel la rébellion prend enfin son essor. Les scénaristes font appel à plusieurs ellipses tout au long de la saison pour dépeindre au mieux l’évolution des personnages, mais aussi par cohérence avec les évènements dépeints. Par exemple, tout le processus autour de la population de Ghorman prend du temps et s’étale sur une année entière, car il aurait été invraisemblable que la machination de l’Empire puisse réussir en à peine quelques semaines.

Comme je le soulignais pour la saison 1, l’effort de réflexion des scénaristes est vraiment poussé très loin. En témoigne encore une fois toute l’intrigue autour de Ghorman dont la finalité pour l’Empire est uniquement de mettre la main sur des ressources énergétiques nécessaires au fonctionnement de l’Étoile de la Mort. Pour ce faire, les impériaux mettent en place une propagande pour discréditer la population aux yeux de la galaxie, tout en alimentant les mouvements rebelles de Ghorman afin de justifier la militarisation de la planète… du grand art ! C’est très intelligent et finement écrit. Encore une fois, il fallait y penser.
Un autre moment clé de l’histoire est évidemment le discours de la sénatrice Mon Mothma devant le Sénat qui nous offre une séquence miroir par rapport au discours de Palpatine à la fin de La Revanche des Sith. Un éloge de la vérité et une dénonciation d’un massacre de civils qui fait forcément écho à la situation internationale de notre monde à nous, en particulier lorsque Mon Mothma prononce ces mots : « Parmi les menaces qui nous guettent, la perte de notre objectivité face à la réalité est probablement la plus dangereuse de toute. La mort de la vérité est la victoire ultime du mal. Quand la vérité nous abandonne, quand nous la laissons disparaitre, quand nous en sommes démunis, quand elle nous est arrachée des mains, nous devenons totalement vulnérables à l’appétit du monstre qui saura crier le plus fort. La quête absolue de vérité de cette chambre a finalement été abandonnée sur la plazza de Ghorman. Les évènements qui ont eu lieu hier, ce qui s’est passé il y a 24 heures sur Ghorman, est ce qu’il faut bien nommer un génocide ! » La saison 1 nous avait déjà offert de bouleversants monologues comme celui de Luthen lorsque Jung lui demande « Et vous sacrifiez quoi, vous ? » ou celui de Maarva. Cette saison 2 continue dans cette lancée. Avec ce discours très bien écrit, Star Wars renoue avec l’ambiance politique de la prélogie et montre que la lutte par la diplomatie peut être tout aussi importante que la lutte par les armes.
Des personnages qui continuent à évoluer
Je n’aurais pas grand chose à ajouter en ce qui concerne Cassian par rapport à ce que j’écrivais concernant la saison 1. Le personnage suit en toute logique son voyage spirituel en s’émancipant peu à peu de l’influence de Luthen pour devenir le rebelle qu’il était appelé à devenir. Sa relation avec Bix est d’ailleurs très intéressante pour comprendre ce cheminement et permet de donner encore plus de lumière à son sacrifice à la fin de Rogue One : on sait désormais à quoi Cassian a dû renoncer pour épouser la cause de la rébellion. Luthen quant à lui est dépeint comme de plus en plus dépassé par les évènements. Il a le droit à une mort à la hauteur de ses exploits, mort qui marque véritablement la fin de cette saison 2.
Le parcours d’autres personnages qui avaient joué un rôle plus secondaire dans la saison 1 comme Kleya et Syril est également à relever. La première a droit à davantage d’espace à l’écran, la saison développe même sa back story qui permet de mieux comprendre le lien fort qui l’unit à Luthen. Elle brille à de nombreux moments tout au long de la saison par son courage et sa capacité à se sortir de situation difficile. Concernant Syril, j’ai beaucoup apprécié le développement du personnage et la trajectoire qu’il a suivi. Dans cette deuxième saison, il est monté en grade et partage désormais la vie de Dedra Meero. Il joue un rôle clé dans les évènements de Ghorman. Le côté candide du personnage est respecté car, même s’il a toujours été du côté de l’Empire, il laissait entrevoir une certaine sensibilité qui justifie sa réaction horrifiée lorsqu’il découvre qu’il a participé à manipuler les habitants de Ghorman.
En fin de saison, on a aussi le plaisir de retrouver K2SO qui avait brillé dans Rogue One. Le droïde contribue à ajouter une note d’humour et de légèreté à cet univers sombre et à lui aussi droit à son moment fort lorsqu’il vient porter secours à Cassian sur Coruscant.
La gestion de la violence
Dans mon analyse de la saison 1 et de Rogue One, je considérais que ce qui faisait la qualité de ces deux œuvres, c’était le fait que les scénaristes ne paraissaient pas être prisonniers du poids que représente la franchise Star Wars. Cela se ressentait particulièrement dans l’aspect dramatique du récit. Il y a pour moi un moment dans cette deuxième saison qui représente à lui seul l’affranchissement de ce poids : la scène entre Bix et l’officier impérial. Je dois reconnaitre que montrer une scène de viol dans une œuvre de l’univers Star Wars est extrêmement osé. J’imagine que dans la tête de nombreux responsables chez Disney, cette franchise est surtout vu comme un bon moyen de vendre des jouets pour les enfants. Alors, faire le choix d’aborder un sujet aussi violent que celui-là me semble être extrêmement courageux. Personnellement, lorsque la scène a démarré, j’ai eu du mal à croire que les scénaristes avaient fait le choix de montrer ça. Mais ce qui m’a encore plus surpris, c’est que non seulement la série ose montrer une tentative de viol dans un Star Wars, mais les scénaristes ont en plus le courage de faire prononcer explicitement le mot par l’un des personnages, manière de faire comprendre aux spectateurs « Oui, il s’est bien passé ce que vous croyez ».
Ce choix assumé de montrer des actes violents contre des populations civiles, qui se retrouve aussi dans le massacre de la plazza de Ghorman, est audacieux. Cela n’avait jamais été fait jusque là dans un film ou une série de l’univers de Star Wars.
Des décors toujours aussi réussis
J’aimerais enfin souligner la qualité des décors qui sont proposés dans cette deuxième saison, que ce soit Ghorman et son architecture clairement inspirée des bâtiments haussmanniens de Paris, la jungle luxuriante de Yavin 4 ou encore la planète Coruscant dont les scènes ont été tournés à la cité des sciences de Valence en Espagne.
Les points faibles :
On peut regretter que le premier acte dure un peu longtemps et peut sembler superflu par rapport à ce qu’il avait à raconter. Tout le passage durant lequel Cassian est prisonnier sur Yavin 4 permet simplement de souligner le caractère désorganisé de la rébellion et l’expérience acquise par ce dernier. Un seul épisode aurait certainement suffi à montrer cela, plutôt que deux.
Cette série Andor constitue à mes yeux l’une des meilleurs récits qui nous ait été délivré dans l’univers de Star Wars depuis la prélogie. La série brille par la qualité d’écriture de son scénario, son originalité et son audace à sortir des sentiers traditionnels de la saga.
Après avoir analysé chaque aspect de Rogue One et Andor, je souhaiterais donner un avis plus global sur ces deux histoires et les raisons de leur réussite, même si je l’ai déjà un peu mentionné jusque-là. Rogue One et Andor sont la preuve d’une chose : quand on donne carte blanche à un scénariste talentueux – Tony Gilroy en l’occurrence – et que ce dernier sort des codes traditionnels de Star Wars, on peut obtenir une très bonne histoire. Gilroy a réussi à faire avec ces deux œuvres ce que J. J. Abrams n’est parvenu à accomplir : donner aux spectateurs un récit original. On ne saura sans doute jamais quelle a été la part de liberté laissé à Abrams pour réaliser Le Réveil de la Force. Mais force est de constater que, obnubilé par l’envie de donner aux fans de Star Wars ce qu’ils avaient l’habitude d’aimer, ce dernier a fini par raconter tout simplement la même histoire. Tony Gilroy lui s’est senti libre de ne pas délivrer la copie du bon élève. Il a su comprendre qu’après près de 50 ans à tourner en boucle autour de la saga Skywalker, les fans avaient envie d’autre chose, de quelque chose de plus rafraichissant, de quelque chose qui ne soit pas l’éternel combat entre les Jedi et les Sith que Star Wars avait l’habitude de nous servir depuis 1977. Et surtout, il a compris que cet univers était suffisamment riche et complexe pour s’intéresser à d’autres types de personnages. Rogue One et Andor sont en soit de très bonnes histoires, mais leur appréciation est encore plus grande au vu de l’échec qu’a représenté la postlogie. Cette série a déjà conquis le cœur de nombreux fan et a récolté les meilleures critiques obtenues pour une série Star Wars en prise de vue réelle : 96% de taux d’approbation pour les critiques spécialisés et 89% pour le grand public, selon le site spécialisé Rotten Tomatoes. Je pense donc qu’il y aura un avant et un après Andor. De nombreux projets sont en préparation du côté de chez Disney comme la saison 2 de Ahsoka et le film The Mandalorian & Grogu. J’espère de tout cœur que ce seront des réussites, mais je doute fortement qu’ils parviennent à égaler la qualité qui nous a été délivré dans Andor tant cette série s’approche du parcours sans faute.