CQMTC : Alien

Dans cette sixième chronique, je souhaiterais aborder une autre de mes sagas cinématographiques préférées : Alien

Attention ! Cette chronique contient des spoilers sur l’ensemble des films de la quadrilogie Alien.

Présentation :

Alien est une saga de science-fiction et d’horreur qui a vu le jour en 1979 avec la sortie en salle de son premier film : Alien, le 8e passager. L’intrigue des films se déroule au XXIIe siècle à une époque où l’Humanité a développé des moyens technologiques suffisant pour pouvoir voyager dans l’espace et établir des colonies sur de nouvelles planètes. Le cœur de cette saga est la découverte d’une espèce extraterrestre meurtrière dotée de capacités redoutables et qui en font un organisme parfait. Cette espèce nommé « xénomorphe XX121 » ou simplement « Alien » représente un intérêt scientifique majeur, notamment pour la compagnie Weyland-Yutani, un conglomérat d’entreprises à l’origine de nombreuses prouesses technologiques (vaisseaux, androïdes, armement). Cette saga suit donc l’évolution de l’Alien, en partant de sa découverte en 2122 par une certaine Ellen Ripley qui ferra tout pour détruire cette espèce extraterrestre qui représente une menace pour la survie de l’Humanité.

Découverte des films :

J’ai visionné pour la première fois les films de la saga Alien quand j’avais 11 ans. Evidemment à cet âge là, n’ayant jamais vu de films d’horreur de toute ma vie, j’étais beaucoup trop effrayé par l’ambiance des film pour pouvoir les apprécier à leur juste valeur. Deux ans plus tard, j’ai regardé une deuxième fois l’intégralité des films, cette fois en y prenant plus de plaisir. Étant fan de science-fiction depuis toujours, j’ai fini par adorer cette univers, tant pour sa science-fiction que pour sa créature phare.

Mon avis sur la quadrilogie :

La saga Alien comptant pas moins de six films, j’ai décidé de me focaliser sur les quatre premiers (Alien, le 8e passager ; Aliens, le retour ; Alien 3 et Alien, la résurrection). Ce choix m’a paru évident, d’une part car ce sont ces films que j’ai découvert en premier (je n’ai regardé Prometheus que bien plus tard). D’autre part car on peut facilement découper la saga en deux cycles narratifs : la quadrilogie de Ripley et les films récents qui se focalisent sur l’origine de l’Alien.

Alien, le 8e passager (1979)

Les points forts :

Les décors et la mise en scène

On peut noter en premier lieu une concordance entre les styles de décors et l’ambiance des scènes. En effet le film alterne entre des décors très épurés, très blancs et lumineux et des décors industriels, ternes et sombres. Si le premier style de décors est surtout présent lors des moment d’accalmie, lorsque la situation semble sous contrôle, le deuxième style surgit lui lors des scènes d’angoisse ou d’action.

Pour continuer sur cette thématique des décors, j’ajouterais également que la gestion de l’espace joue un rôle essentiel dans l’ambiance du film. Les pièces du Nostromo semblent très petites, soit parce que c’est réellement le cas, soit parce que les plans sont resserrés. Cela permet de faire ressentir au spectateur le sentiment d’angoisse et d’enfermement des personnages qui se retrouvent pris au piège dans leur propre vaisseau. L’aspect « horreur » est donc bien réussie et le film parvient à nous effrayer sans utiliser les jump scares à foison. Ce soucis du détail dans la présentation des différents environnements apporte donc une véritable plus-value au film.

Enfin, un dernier élément qui vient renforcer l’ambiance d’angoisse est l’utilisation du silence. Les scènes propres à la tension sont souvent sublimées par un silence de mort qui se traduit véritablement par une absence de son (pas de bruits de pas, pas de paroles, pas de musique). Cela renforce la pression ressentie par le spectateur et appuie d’autant plus le titre d’accroche du film « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier« .

Un univers riche et original

Dans ce premier film, Ridley Scott nous présente une vision d’une science-fiction « light ». Cette vision se ressent aussi bien dans les décors, qui ne sont pas très extravagants, que dans les tenues simples des personnages. Le film se contente de mettre en avant des technologies avancées comme l’Intelligence Artificiel du vaisseau (Mother en VO), un androïde ou un vaisseau spatial. De même l’armement utilisé par les personnages n’est pas très évolué par rapport à celui des années 1970. Tout cela donne une identité propre au film, d’autant plus qu’à cette époque, la plupart des films ou séries de science-fiction (Star Wars ou Star Trek) veulent aller vers une science-fiction spectaculaire. À l’opposé, dans l’univers présenté par ce film, le niveau technologique n’est pas très supérieur au notre, si on enlève bien sûr les vaisseaux spatiaux.

En ce qui concerne la créature au centre du film, l’Alien bénéficie d’une conception biologique très réfléchie, avec un cycle de vie précis et différentes armes naturelles. Le succès de la créature s’explique aussi bien par son apparence animale que par son comportement humain. Ici, l’Alien agit comme un tueur méthodique qui utilise l’environnement à son avantage et qui isole ses proies une à une pour les éliminer. De même, le fait qu’il se contente d’enlever ses victimes sans les dévorer correspond davantage à un comportement humain qu’animal. Ce côté « humain » se ressent aussi du fait de sa taille (2,5m) et au fait que la créature soit bipède. Tout cela contribue à créer une créature très effrayante qui semble vraiment n’avoir aucun point faible. L’aspect « parfait organisme » est donc également très réussie.

L’héroïsme d’Ellen Ripley

À l’exception de l’héroïne Ellen Ripley, aucun personnage n’attire la sympathie, mais c’est à la fois une faiblesse du film et un point positif. Ils bénéficient tous d’un défaut qui les caractérisent et le spectateur arrive rapidement à les cerner : Brett et Parker sont avares, Ash est passif, Lambert est lâche et Dallas négligeant. Cela sublime d’autant plus l’héroïsme de Ripley et c’est en adéquation avec le fait que ce soient tous des civils, qui ne sont donc pas du tout préparés pour faire face à ce type de situation.

Un scénario plein de surprises

Le film sait très bien jouer avec les rebondissements. Ainsi, il nous fait croire une première fois que Kane est tiré d’affaire, pour mieux nous surprendre en faisant de lui le premier mort. Puis il nous fait croire que Ripley est sauvé, pour finalement nous révéler que l’Alien est présent dans la navette de secours. Cela permet de bien équilibrer les différentes ambiances du film, entre moments de calme, d’angoisse et de soulagement.

Enfin, un autre point cette fois-ci un peu plus mineur, qui contribue à la qualité du scénario, est la présence du personnage de Ash. Il arrive souvent dans les films d’horreur qu’un personnage cherche à se sauver au détriment de ses compagnons. En revanche, il est moins fréquent de voir un personnage soutenir le tueur, et même chercher à le protéger. Ash, qui bénéficie en quelque sorte d’un rôle de spectateur, permet de souligner davantage la détresse dans laquelle se trouve l’équipage du Nostromo. Et surtout, il contribue à la sacralisation de l’Alien en le présentant comme le « parfait organisme ».

Les points faibles :

Parmi les rares points faibles du film, je noterais tout d’abord le fait que la musique, bien que de qualité, soit trop peu présente. Finalement, il n’y a que deux thèmes qui reviennent de façon récurrente.

Ensuite, forcément, le film a plus de quarante ans, donc certains accessoires, costumes ou effets spéciaux peuvent paraitre mauvais.

Et enfin, les personnages sont très peu caractérisés, voire stéréotypés. On ne sait rien de leur passé et il est donc difficile de s’attacher à eux.

Si je devais évaluer ce premier film, au regard de l’ensemble de la quadrilogie, je dirais que c’est le meilleur des quatre. Alien, le 8e passager bénéficie également de la meilleure vision de la créature.

Alien, le retour (1986)

Les points forts :

Des scènes d’action sous tension

Les scènes d’action sont tout simplement parfaites. On ressent plus que jamais l’adrénaline des personnages et leur angoisse. La réalisation compte beaucoup dans cette réussite et des accessoires intelligents rendent ces scènes encore plus stressantes. Le meilleur exemple est la scène de l’attaque de la ruche au début du film. Que ce soit avec les caméras placés sur les casques des marines, leurs rythmes cardiaques affichés sur un écran ou le retentissement du détecteur de mouvement, la pression est maximale. C’est pour moi la meilleure scène du film et la plus angoissante.

Le film jouit d’un design de très haute qualité. Que ce soit en terme de décors, de costumes, d’accessoires, de véhicules ou d’effets spéciaux, on a affaire à un film de haut niveau, dont la qualité technique est d’autant plus surprenante pour l’époque.

L’enrichissement du lore

Le film introduit de nombreux éléments phares de la saga Alien. C’est notamment le premier film où le nom Weiland-Yutani apparait (seulement mentionné sous le nom de « la Compagnie » dans le premier volet). Et c’est un élément très important car le film, dans son anticipation de notre avenir, laisse présager que ce sont les compagnies privées et non pas les États qui joueront le rôle de pionnier dans l’exploration spatiale. Aujourd’hui cela peut sembler logique mais en 1986, l’époque est encore dominée par la course aux étoiles que se livrent l’URSS et des États-Unis, et donc les États. Le film offre donc une vision assez réaliste et pragmatique de ce qui nous attend et on pourrait voir dans Weiland-Yutani une sorte de Space X diabolique. Il introduit également des éléments sur la colonisation des planètes inhabitables avec la référence à un réacteur atmosphérique. Bref, autant d’éléments qui en plus de renforcer la science-fiction du film, viennent enrichir le lore technologique de la saga Alien. Si je devais noter ce film en me basant uniquement sur ce critère de la science-fiction, je dirais que Aliens, le retour est le meilleur de la quadrilogie.

Des personnages plus attachants

Les personnages sont bien mieux caractérisés. Même si on retrouve les clichés des films d’actions de l’époque (Hudson le blagueur de service, Apone le sergent qui lâche punchline sur punchline ou Hicks, le soldat discret mais héroïque), on parvient très bien à s’attacher aux personnages. Et comme d’habitude, la présence d’un représentant de Weiland-Yutani qui s’obstine à vouloir sauver les créatures vient compliquer la mission des héros. Comparé au premier film, il y a une réelle évolution dans les relations entre les personnages (comme entre Ripley et Bishop, ou entre Gorman et Vasquez). Et la meilleure de ces relations est évidemment la relation entre Ripley et Newt, lourd de sens avec d’un côté une mère qui a survécu à sa fille et de l’autre une fille qui a survécu à ses parents. Cela donne une inversion traumatique intéressante.

Un scénario plus complexe

Le scénario est un brin plus complexe que celui du premier film, mais le concept reste le même avec des personnages qui se retrouvent pris au piège et qui doivent échapper aux xénomorphes. Le côté « survivant qui se barricade » permet d’offrir un aspect différent dans la manière dont les personnages se protègent des Aliens. Et évidemment, le fait que ces derniers ne soient pas cloitrés à l’intérieur d’un vaisseau comme c’était le cas pour le premier volet permet d’offrir une plus grande diversité des décors.

Les points faibles :

Quelques défauts mineurs

Le rythme du film est trop inégal : certaines séquences sont beaucoup trop longues, notamment la séquence d’introduction qui va du réveil de Ripley à son retour sur LV-426. Certes, elle permet d’introduire des éléments importants pour le scénario et le lore mais je pense qu’elle aurait mérité quelques coupes dans le montage. C’est également le cas pour la séquence qui suit le retour des marines à la colonie de Hadley’s Hope. Globalement, il y a quelques temps morts qui nuisent au rythme du film.

En ce qui concerne la musique, le problème reste le même que pour le premier film. Même si la musique est un peu plus présente, il y a des moments où son absence se fait clairement ressentir notamment lors du combat final entre la Reine et Ripley.

Une vision de l’Alien en opposition avec l’esprit du premier film

Le plus gros point faible totalement subjectif de ce film est la vision de la créature. Certes, le réalisateur a grandement enrichi la mythologie de l’Alien en ajoutant un maillon supplémentaire à son cycle de vie avec l’introduction de la Reine. Cependant la vision défendue par Cameron est en opposition radicale avec celle défendue par Ridley Scott. D’abord, d’une façon générale, le film de Scott est principalement tourné vers l’horreur ; celui de Cameron vers l’action. Ensuite, dans Alien, le 8e passager la créature avait une apparence animale mais agissait comme un humain dans sa manière de traquer méthodiquement ses proies. Les atouts de la créature dans le premier film étaient sa ruse, son intelligence et sa discrétion. Dans Aliens, le retour, les atouts du xénomorphe sont sa férocité et sa capacité à attaquer en nombre. Cette différence se ressent énormément. Pour tenter d’illustrer cette différence majeure, faisons une comparaison : si nous devions remplacer l’Alien du premier film par un autre personnage, la première idée qui nous viendrait à l’esprit serait de le remplacer par un tueur (comme Freddy Krueger ou Jason par exemple). En revanche, par quoi pourrions-nous remplacer les Aliens dans ce second volet ? Des zombies. Nous avons donc affaire à une vision bien trop éloignée de ce que doit représenter l’Alien : un tueur froid et silencieux qui inspire la crainte aussi bien lorsqu’il est présent à l’écran, que lorsqu’il n’est pas visible.

Ce qui est ennuyant, c’est que le premier film place l’Alien sur un piédestal. Ash le décrit lui-même comme « le parfait organisme« . La créature apparait presque comme invincible et dépourvue du moindre défaut. Or dans ce film, non seulement l’Alien est bien moins effrayant (par sa taille de 1,7m et son costume) mais en plus de cela, les personnages passent leur temps à exploser les créatures comme si elle étaient du papier bulle. Et c’est cela le plus gros problème du film : Ridley Scott a créé une créature parfaite, presque sacrée, que Cameron s’est empressé de transformer en un monstre lambda de film d’action. Cet exemple montre bien qu’il ne suffit pas d’avoir un réalisateur excellent pour réaliser une bonne suite : il faut aussi que l’esprit du premier film et la vision de son réalisateur soit respectée. Sans continuité dans l’univers d’une saga, on ne peut pas créer d’univers cohérent.

Mon avis général sur Aliens, le retour est qu’il s’agit d’un excellent film de science-fiction et d’action, même si certains aspects du premier volet sont trahis. C’est un film que l’on peut voir et revoir, sans se lasser.

Alien3 (1992)

Les points forts :

L’originalité du cadre de l’intrigue

Le film se déroule dans un cadre atypique qui sort des sentiers battus par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir dans le domaine de la science-fiction. C’est peu courant de voir un film de SF se dérouler dans une prison, plus spécifiquement une prison pour assassins et criminels sexuels. C’est un choix courageux de la part du réalisateur dont l’originalité mérite d’être soulignée. Il est aussi important de noter que ce volet renoue avec l’esprit du premier Alien, en se focalisant sur l’horreur. De plus, le xénomorphe est redevenu un tueur méthodique et silencieux.

La symbolique de la fin

La fin est plutôt réussie, notamment sur l’aspect symbolique. La logique de la saga veut qu’il était difficile d’imaginer une good ending pour Ripley qui n’a fait que survire, au fur et à mesure des films, sans jamais pouvoir se reconstruire une vie. Étant donné que le sommeil en hyperespace l’a privé de tout espoir de retrouver sa famille dans Aliens, le retour, il semblait évident que la seule fin possible pour Ellen Ripley était de mourir, tué par un Alien. Au delà de la logique de la fin, il est aussi important de souligner sa signification. On peut supposer que le vaisseau des Ingénieurs a été détruit après l’explosion du réacteur sur LV-426. Ce qui fait de la Reine se trouvant dans le ventre de Ripley le seule espoir de survie de l’espèce Alien. En se suicidant, Ripley anéantit cet espoir de survie. On peut noter que d’un point de vue métaphorique, le personnage principal met fin à sa propre saga en éliminant sa créature phare et en mourant lui-même. De ce point de vue symbolique, la fin est donc réussie.

Les points faibles :

L’absence de science-fiction

C’est le principal défaut de ce film, qui est d’autant plus visible que son prédécesseur Aliens, le retour nous en avait mis plein les yeux. Alien est autant une saga d’horreur que de science-fiction, c’est d’ailleurs l’équilibre entre ces deux genres cinématographiques qui fait l’identité de cette saga. Dans Alien3 la science-fiction est presque totalement absente. Les rares fois où elle apparait, c’est pour montrer un élément technologique provenant des autres films (la capsule de sauvetage, l’androïd Bishop). Et s’ajoute à cela le fait que la colonie sur laquelle se déroule l’intrigue, Fury 161, ressemble à une zone industrielle des années 1980 alors que l’histoire est censé se dérouler au XXIIe siècle.

Cette absence de la science-fiction a des répercussions très néfastes sur le film car qui dit « pas de SF », dit : pas d’effets spéciaux, pas de gadgets technologiques, pas de costumes futuristes. L’absence de tous ces éléments nuit grandement à l’ambiance propre à la saga Alien. Et comme je l’expliquais, le fait de passer de Aliens, le retour qui avait tout simplement les meilleurs éléments de science-fiction de la quadrilogie, à ce Alien3 dans lequel les personnages s’éclairent à la bougie, créé un fossé technologique trop important.

Une créature moins effrayante

Même si ce film chercher à renouer avec le genre de l’horreur du premier volet, l’angoisse se fait difficilement ressentir. D’abord parce que l’Alien dans ce film est bien moins impressionnant que le xénomorphe de Alien, le 8e passager. En effet, celui-ci est plus petit et est quadrupède, ce qui le rend donc moins effrayant. La deuxième différence dans l’horreur se joue au niveau de la lumière. Par rapport aux deux autres volets, les décors sont plus lumineux, (et donc pas d’obscurité = pas d’angoisse). Mais le problème vient aussi des couleurs des lumières. Historiquement la couleur principale associée à Alien est le bleu. Or ce film utilise au contraire des lumières très chaudes, et donc plus rassurantes pour le spectateur. Globalement l’aspect angoissant est moins réussi que celui du premier volet.

Des personnages incohérents

Le dernier gros défaut du film concerne les personnages. Tuer Hicks, Bishop et Newt était une très mauvaise idée car le réalisateur tue hors de l’écran les seuls personnages qui avaient un lien avec Ripley. Le fait que leurs morts surviennent hors de l’écran contribue à dédramatiser leur disparition. Et c’est aussi irrespectueux envers James Cameron qui avait fait le choix de faire survire ces trois personnages à la fin de son film.

La relation amoureuse entre Clemens et Ripley semble sorti du chapeau, étant donné qu’ils ne se connaissent que depuis quelques heures. Pour faire une comparaison avec le précédent volet, dans Aliens, le retour la tension amoureuse entre Ripley et Hicks se construit progressivement, tout au long du film et sans jamais aller très loin. Elle se ressent au travers des dialogues mais n’est jamais montrée explicitement. Dans Alien3, Ripley et Clemens passent directement à l’étape coucher ensemble alors qu’ils se connaissent à peine. Cette relation apparait comme assez incompréhensible pour le spectateur.

Enfin l’inconvénient d’avoir un film qui se déroule dans une prison pour meurtriers et criminels sexuels est qu’il est non seulement impossible de s’attacher aux personnages, mais c’est aussi très difficile de les différencier, tant du point de vue physique que du point de vue du caractère.

Même si ce Alien3 apporte une bonne conclusion aux aventures d’Ellen Ripley, il reste gangréné par des défauts de premiers plans. Les personnages sont antipathiques et l’absence de science-fiction est en opposition radicale avec l’esprit de la saga.

Alien, la résurrection (1997)

Les points forts :

Des clins d’œil au premier film

Les hommages au premier film sont sympas, avec l’introduction qui s’ouvre avec le thème du Nostromo de Alien, le 8e passager. L’IA de l’USM Auriga est également nommée « Père », en référence à l’IA du Nostromo qui était nommée « Mère » (Mother en VO). Et enfin, ce quatrième film est un huis clos qui se déroule à l’intérieur d’un vaisseau.

Enfin, le thème principal du film est réussi.

Les points faibles :

Des allures de film de série B

L’ambiance générale du film est énormément dévalorisée par une succession de moments d’humour malvenus comme le moment où Ripley arrache la langue d’un Alien pour l’offrir en cadeau à Call ou le moment où un des mercenaires tire sur une toile d’araignée. Il y a aussi des moments What the fuck? comme lorsqu’un des scientifiques fait un bisou à un Alien au travers d’une vitre ou lorsque ce même scientifique commente en direct la naissance de l’Alien mutant alors qu’il est enfermé dans une chrysalide et qu’il est sur le point de mourir. Je pourrais également citer la scène où le général Perez se retire un bout de cervelle ou celle où Christie tire une balle qui ricoche dans un tuyau avant d’atteindre le crane d’un des soldats de l’USM Auriga. Toutes ces scènes ridicules et surréalistes nuisent grandement à l’ambiance du film. Elles cassent totalement le côté angoissant pour donner à ce quatrième volet le ton d’un film d’horreur de série B.

Un autre élément qui renforce cet aspect pataud, dépourvu d’angoisse, est la place accordée aux Aliens. Lorsqu’un Alien tue quelqu’un, soit cette mort n’est pas montrée (le soldat aspiré dans un trou, le régiment décimé dans la capsule de sauvetage), soit cette mort est ridicule (la mort du général Perez, celle du capitaine Elgyn ou du Docteur Gediman). Dans ce quatrième volet, les Aliens sont relégués à un rôle de figurants qui, même s’ils interagissent avec les personnages principaux, sont dévalorisés et ne sont pas au centre du film. À aucun moment on ne ressent de l’angoisse liée à la présence des créatures. Il y a également beaucoup de scènes où des Aliens se font tirer dessus sans riposter, ce qui donne l’impression d’une attitude passive. Enfin, le costume de l’hybride Alien est tout simplement ridicule et hideux. C’était pour moi une très mauvaise idée que de créer un hybride mi-humain mi-Alien.

En ce qui concerne les personnages, ils sont inintéressants au possible. Les discours beaufs et graveleux sont tellement consternants qu’ils ne méritent même pas d’être cités. Et en ce qui concerne Ripley, on a l’impression d’avoir affaire à un personnage complètement différent. Elle oscille entre la gestuelle de Jack Sparrow et le phrasé de John McClane. Le personnage de Ripley est totalement gâché.

Un film bourré d’incohérences

Un autre gros problème du film est qu’il est bourré d’incohérences scénaristiques. Par exemple : Comment Cal a-t-elle fait pour tomber dans l’eau et arriver de l’autre côté de la porte en si peu de temps ? Si la Reine Alien a intégré le génome de Ripley pour avoir un système de reproduction humain, comment a-t-elle fait pour pondre 12 œufs ? Si Cal a le pouvoir de fermer et d’ouvrir les porte de l’Auriga, pourquoi n’a-t-elle pas fermé toutes les portes pour empêcher le Docteur Wren d’accéder au Betty ?

Certains personnages ont également des comportements complètement idiots. Par exemple, les scientifiques savent que le sang de l’Alien est de l’acide moléculaire mais ils ont la brillante idée d’en enfermer trois dans la même cage. Au début du film, Ripley ne semble pas connaitre le mot « stylos » mais littéralement 5 secondes plus tard, elle arrive à comprendre des explications scientifiques sur comment on s’y est pris pour la cloner. De même, cette explication sur le clonage est complètement idiote : si on récupérait le sang d’un chien et qu’on parvenait à le cloner, le chien cloné ne naitrait pas avec des puces et des tiques déjà intégrés à ses poils.

On peut également noter que le film se déroule deux siècles après Alien3. En admettant que le réalisateur ait besoin de cet écart chronologique pour justifier l’existence d’une technologie de clonage, alors pourquoi cet écart technologique de deux siècles ne se ressent pas aussi au niveau des armes, des tenus et des vaisseaux ?

Et enfin, je parlerais de la scène la plus incohérente et la plus mal écrite de ce film, celle de la mort du capitaine Elgyn. On a donc un personnage qui s’isole du reste de son groupe pendant 10 minutes, tout ça parce qu’il a trouvé des armes par terre (alors que lui et les membres de son équipe sont déjà armés). Et quand il trouve un pistolet imprégné de sécrétions d’Alien, il reste bien statique et silencieux alors que ses amis crient depuis 20 minutes pour lui demander où il est, avant d’être tué par un xénomorphe qu’évidemment « personne n’avait vu venir ».

D’une façon générale, l’idée du film était mauvaise au départ. Ripley avait eu une mort à la hauteur de son personnage dans Alien3 et c’était très bien comme cela. Encore une fois, on retombe dans les travers d’un réalisateur qui n’a pas voulu accepter les choix de son prédécesseur. Il aurait été parfaitement possible de faire un film Alien sans reprendre le personnage d’Ellen Ripley, et cela aurait au moins eu le mérite de protéger ce personnage iconique de ce désastre cinématographique.

Ce film n’a tout simplement rien d’un Alien : son scénario est incohérent, ses personnages mal écrits et l’ambiance générale ne contient pas un atome de film d’horreur. Si je devais attribuer une seule qualité à ce film, je noterais qu’il permet de relativiser la déception qu’a été Alien : Covenant.

Conclusion :

J’espère que cette chronique dédiée à la quadrilogie Alien vous aura plu. En tant que fan de cette saga j’attendais le retour de Ridley Scott aux manettes avec beaucoup d’espoir. Même si Alien : Covenant n’a pas répondu à mes attentes et comporte un certain nombre de défauts, j’espère que la série actuellement en préparation permettra d’apporter un peu de fraicheur à cette saga.