
Dans cette cinquième chronique, je vais vous parler de la série de jeux-vidéos Assassin’s Creed, qui est ma saga de jeux préférée, à qui je dois notamment mon goût pour l’Histoire.
Présentation :
Assassin’s Creed est une série de jeux-vidéos développée et édités par Ubisoft, dont le premier opus est sorti en 2007. L’histoire prend place à notre époque et voit s’affronter deux factions opposées depuis des siècles : les Assassins et les Templiers. Alors que les premiers se posent en défenseur du libre-arbitre, les seconds veulent contrôler la population par tous les moyens possibles. Pour parvenir à cet objectif, les Templiers cherchent à s’emparer d’artefacts d’Éden, d’antiques armes disséminés sur Terre par une ancienne civilisation nommée « Isu », aussi appelée « Ceux-qui-étaient-là-avant ». Certains humains ont été en possession de tels artefacts au cours de l’Histoire, les Templiers fouillent donc la mémoire génétique de leurs descendants en utilisant une machine appelée « Animus », qui permet à son utilisateur de se replonger dans les souvenirs de ses ancêtres. Ainsi chaque épisode d’Assassin’s Creed se focalise sur un Assassin ou un Templier ayant vécu à une époque antérieure, et invite donc le joueur à en apprendre davantage sur certaines civilisations ou certains événements historiques.
Voici la liste des jeux auxquels j’ai eu le plaisir de jouer :
| Nom | Date de sortie | Personnage principal | Période historique | Lieux de l’intrigue |
| Assassin’s Creed | 2007 | Altaïr Ibn-La’Ahad | IIIe croisade | Acre, Damas, Jérusalem et Masyaf |
| Assassin’s Creed II | 2009 | Ezio Auditore da Firenze | Renaissance Italienne | Toscane et Vénétie |
| Assassin’s Creed Brotherhood | 2010 | idem | idem | Rome |
| Assassin’s Creed Revelations | 2011 | idem | idem | Constantinople |
| Assassin’s Creed III | 2012 | Haytham et Connor Kenway | Révolution américaine | Colonies anglaises en Amérique |
| Assassin’s Creed IV: Black Flag | 2013 | Edward Kenway | Âge d’or de la piraterie | Mer des Caraïbes |
| Assassin’s Creed Unity | 2014 | Arno Dorian | Révolution française | Paris |
| Assassin’s Creed Syndicate | 2015 | Jacob et Evie Frye | Révolution industrielle | Londres |
| Assassin’s Creed Origins | 2017 | Bayek de Siwa | Règne de Ptolémée XIII | Égypte |
| Assassin’s Creed Odyssey | 2018 | Kassandra | Guerre du Péloponnèse | Grèce |
| Assassin’s Creed Valhalla | 2020 | Eivor Varinsdóttir | Âge des Vikings | Angleterre |
| Assassin’s Creed Mirage | 2023 | Basim Ibn Ishaq | Califat abbasside | Bagdad |
Découverte de la série :
J’ai découvert Assassin’s Creed en 2012, avec Assassin’s Creed Brotherhood, troisième volet de cette saga. Cette même année, j’ai commencé à jouer à ces jeux dans leur ordre chronologique. Je me souviens avoir été tout de suite séduit par la possibilité de visiter la ville de Rome à l’époque de la Renaissance italienne, et par le fait de pouvoir escalader les vestiges du forum romain et du Colisée. Le fait de jouer un rôle dans le déroulement d’événements historiques, me permit d’apprendre des choses sans forcément m’en rendre compte, et c’est certainement une autre raison qui expliqua mon intérêt pour cette série.
Analyse général de la saga :
I – La science-fiction au service de l’Histoire
Comme je vous le disais un peu plus haut, le principe de cette saga repose sur le fait que des personnages, de même que le joueur, plongent dans le passé pour revivre les souvenirs d’un Assassin ou d’un Templier. Cette plongée dans le passé ne serait pas aussi savoureuse si elle n’était pas accompagné par un aspect de science-fiction. Le jeu est en soit une sorte de mise en abime puisque, c’est au travers d’un personnage « du présent » que le joueur plonge dans les souvenirs d’un personnage du passé. Je pense que, s’il n’y avait pas cette rupture, on prendrait bien moins de plaisir à jouer à ce jeu car cette notion de plongée dans le passé permet d’ajouter des enjeux au récit. Si les Assassins et les Templiers visionnent les souvenirs de leurs ancêtres, c’est pour obtenir des information sur la localisation d’artefacts d’Éden. Dans chaque opus, l’enjeu des personnages du présent vient donc se mêler à celui des personnages du passé et cette double narration ne serait pas possible sans l’existence d’éléments de science-fiction tel que l’Animus. Malgré cela, la science-fiction n’est pas omniprésente dans cette saga et le mélange entre Histoire et anticipation est suffisamment équilibré pour que l’ensemble se tienne. Si les temps de jeu dans le passé représente environ 80% du jeu, les 20% restants qui ont lieu dans le présent permettent de marquer des pauses dans le récit ou d’apporter des éléments nouveaux. Compte tenu de cette proportion, vous vous doutez bien que le « récit du passé » évolue plus vite que celui du présent, mais cela n’est pas nécessairement un problème dans la mesure où ces parties ne constituent pas le nerf du jeu. Si on s’attarde précisément à la place qui est accordé aux événements du présent dans les jeux Assassin’s Creed, on peut constater que depuis la fin du « Cycle de Desmond » (qui va de Assassin’s Creed premier du nom à Assassin’s Creed III), le présent occupe une place de moins en moins importante. Les raisons de ce changement sont sans doute multiples, et je pense pouvoir en citer deux :
- D’une part, la conclusion du Cycle de Desmond dans Assassin’s Creed III a considérablement amoindrie l’impact narratif du présent dans la série
- D’autre part, l’évolution de la durée de vie des jeux, qui est passée de quelques dizaines à plusieurs centaines d’heures de jeux, rend plus difficile l’équilibrage entre passé et présent
Au sein de cette saga de jeux-vidéos, l’Histoire avec un grand H occupe évidement une place importante. Comme je le disais dans la présentation, chaque jeu est l’occasion pour le joueur de découvrir une nouvelle époque et de nouveaux personnages historiques, le tout en évoluant dans une modélisation fidèle d’une ville ou d’une région. Et lorsque je parle de fidélité historique, je ne dis pas cela sans fondement. En effet, lors du développement de chaque jeu, les studios Ubisoft font appel à des historiens et étudient des documents d’époque pour s’assurer que ce qui sera visible dans leur jeu correspond bien à une réalité historique. Par exemple, lors du développement d’Assassin’s Creed III, les développeurs se sont appuyé sur des plans du XVIIIe siècle pour modéliser les villes de New York et de Boston. Pour Assassin’s Creed Origins, ils se sont servis de relevés archéologiques pour appliquer les bonnes couleurs aux statues égyptiennes présentes dans le jeu comme celle du Sphinx. Et cette volonté que le cadre dans lequel évolue le joueur colle à la réalité ne concerne pas que les lieux mais aussi tous les personnages. Bien évidemment, il arrive aussi que les développeurs soient amenés à prendre certaine liberté vis à vis de l’Histoire, pour des raisons techniques, de gameplay ou scénaristiques. Ces libertés demeurent exceptionnelles, et d’un point de vue général, on peut donc dire que cette saga permet véritablement de vivre l’Histoire et non d’en observer une version fantasmée. Ce soin particulier accordé à la dimension historique des jeux est véritablement perceptible et permet d’apprécier d’autant plus de participer aux grands évènements ayant marqués l’Humanité. Personnellement, étant d’un naturel curieux, il m’est arrivé de nombreuses fois de me renseigner plus en profondeur sur un épisode ou un personnage historique visible dans le jeu, et c’est en adoptant ce type de démarche que j’ai commencé à véritablement apprécier l’Histoire. Il est évidemment bien plus excitant d’être acteur de l’Histoire plutôt que d’en être un simple spectateur, et c’est ce que cette saga de jeux-vidéos permet de faire.
II – Des allures cinématographiques
En tant que fan de cette saga, je dois avouer avoir du mal à la placer sur un seuil d’égalité avec les autres jeux-vidéos car pour moi, la qualité de cet univers égalise par biens des aspects celle de nombreux univers cinématographiques. Et cette qualité est visible à plusieurs niveaux. Tout d’abord la narration, dont j’ai déjà parlé longuement dans la précédente partie. Chaque jeu se décompose en une séries d’actes qui permettent de suivre les personnages sur le long terme. Certains jeux comme Assassin’s Creed II, Brotherhood et Revelations se concentrent sur un seul et même personnage. La trilogie que j’ai cité permet par exemple de suivre le parcours de l’assassin Ezio Auditore en partant de sa jeunesse jusqu’à l’accomplissement de sa dernière mission en tant que chef des Assassins. Là où un film ordinaire ne permettrait de passer qu’une heure et demi en compagnie de protagonistes, les jeux Assassin’s Creed vous offrent des dizaines d’heures d’aventures, voire des centaines d’heures pour les derniers épisodes. Le lien qui se créé avec les personnages est donc bien plus fort et peut s’apparenter à l’attachement que l’on peut ressentir pour les héros des univers de Marvel, Star Wars ou autres sagas cultes.
Parmi les autres éléments qui font à mes yeux la qualité de cette saga, je citerai également la musique. La bande originale participe en grande partie à la construction de l’identité de chaque jeu car elle contribue à son ambiance générale. Et les compositeurs employés par Ubisoft sont loin d’être anonymes. On peut citer par exemple Jesper Kyd et Lorne Balfe (qui a travaillé à de nombreuses reprises avec Hans Zimmer). Les musiques parviennent toujours à nous plonger dans les époques qu’elles sont censées représenter et favorisent donc notre immersion dans le jeu. La place qu’elles occupent au sein de cette saga est primordiale et leur qualité égalent sans problème celle des superproductions hollywoodienne. Vous trouverez à ce titre, en fin de chronique une vidéo compilant les différentes musiques et cinématiques de cette saga.
Enfin, dernier élément intéressant : les graphismes. Ils sont aux jeux-vidéos ce que les effets spéciaux sont au cinéma. Je n’ai pas grande chose à dire sur ce point, et je crois que les images parlent d’elles mêmes.
III – L’opposition entre Assassins et Templiers : la question du libre-arbitre
Si les méthodes d’actions des Assassins et des Templiers sont assez similaires, la question qui est au cœur de leur divergence est leur conception respective du libre-arbitre. J’ai eu l’occasion de résumer ce sujet brièvement lors de la présentation de la saga, mais je crois qu’il est assez important pour que je lui consacre une partie entière.
Aux yeux des Assassins, la liberté des individus doit primer sur tout le reste, même si cette dernière doit mettre des vies en danger. Ils n’acceptent pas que le destin des honnêtes gens soit entre les mains d’un petit groupe d’individus, et se battent donc contre tous ceux qui tentent de contrôler la population. De ce fait au cours de l’Histoire, les Assassins se sont souvent retrouvés dans le camp des rebelles et des résistants, et d’une manière plus générale, dans le camp de tous ceux qui combattent les tyrans. Dans Assassin’s Creed III, les Assassins viennent par exemple en aide aux rebelles américains qui cherchent à s’émanciper de la couronne britannique. Ils se positionnent en défenseur du peuple et sont le bouclier qui protègent les plus faibles de l’oppression des plus forts.
Aux yeux des Templiers, la société ne peut s’épanouir que dans la stabilité. La liberté totale des individus est pour eux un piège, car des hommes avisés doivent aiguiller le monde dans la bonne direction sans quoi il courra à sa perte. De ce fait au cours de l’Histoire, les Templiers se sont souvent retrouvés à soutenir le pouvoir en place. Lorsqu’ils ne parviennent pas à influencer les gouvernements, ils se débrouillent pour les faire s’écrouler et les remplacent par des hommes de pouvoir plus favorables à leurs idées. Dans Assassin’s Creed Unity, la chute de la monarchie de Louis XVI est par exemple provoqué par les Templiers qui considèrent que celle ci est devenue trop décadente. Ils sont donc à l’origine du déclenchement de la Révolution française. Les Templiers se considèrent comme ceux qui doivent guider le monde vers un horizon heureux.
Comme vous pouvez le constater, ce sont deux visions de la société radicalement opposées qui sont à l’origine de cette guerre idéologique sans fin. Dans les deux cas, Assassins et Templiers ont à cœur de protéger l’Humanité. Chaque camp est bien entendu persuadé que l’autre est dans l’erreur, et qu’il défend une cause juste. Les Assassins voient les Templiers comme des gens qui cherchent à accaparer le pouvoir et qui ne songent qu’à leur profit personnel. Les Templiers voient les Assassins comme des anarchistes et des extrémistes qui font passer leur idéologie en premier. La saga Assassin’s Creed présente cette lutte comme étant aussi ancienne que le monde. Et si l’Ordre des Assassins et l’Ordre des Templiers n’ont pas toujours existé, avant leur création, des luttes de ce type opposaient déjà des groupes similaires.
Le débat philosophique posé par cette grande question du libre-arbitre est un véritable atout pour cette saga. Cependant étant donné que sur douze jeux principaux, seulement deux nous permettent d’incarner un Templier, l’idéologie des Assassins à tendance à triompher dans le cœur des joueurs. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait forcément de réponse à apporter à cette question, dans la mesure où les Assassins et les Templiers défendent tous deux une vision catégorique de la société. Ces deux groupes sont prêts à faire verser le sang d’innocents pour voir triompher leur cause. Par leurs actions, ils ont tous les deux provoqué de nombreux morts au cours de l’Histoire. Et je crois que l’on pourrait résumer ce combat de cette manière : Les Assassins se battent pour une liberté chaotique, tandis que les Templiers défendent un ordre oppressif. Aucun n’est donc dans le vrai.


