CQMTC : Kaamelott (KV1)

Dans cette septième chronique, je souhaiterais vous offrir mon avis sur Kaamelott : Premier Volet

Attention, cette chronique contient des spoilers !

Étant donné que j’ai déjà eu l’occasion de présenter Kaamelott ainsi que la façon dont j’ai découvert la série dans une précédente chronique (CQMTC N°3 : Kaamelott), je vais me contenter ici de livrer mon ressenti sur le film.

Résumé de la fin du Livre VI :

Lors du dernier épisode de la série qui fait suite à la tentative de suicide d’Arthur, l’ancien roi breton, fort mal en point, reçoit la visite de tous ses compagnons d’aventures. Lancelot, qui lui a sauvé la vie en ayant recours à la magie, semble se réconcilier avec son rival. Touché par l’acte héroïque de son ancien Premier ministre, Arthur décide de lui confier le pouvoir afin qu’il puisse mener sa propre quête du Graal. Mais, influencé par Méléagant, Lancelot choisit de faire table rase du passé en détruisant la Table Ronde et en arrêtant ses chevaliers. Aidé par Vénec, Arthur est donc contraint de fuir la Bretagne. Il trouve refuge à Rome, dans l’ancienne villa Aconia. À Kaamelott, tous les chevaliers sont pourchassés par les hommes de Lancelot et sont contraint de basculer dans la clandestinité tandis que Lancelot installe petit à petit son régime tyrannique.

Les points faibles :

Un rythme inégal

Le principal reproche que l’on peut adresser à Kaamelott : Premier Volet est l’inégalité de son rythme narratif. J’ai beaucoup apprécié la première partie du film qui se déroule en Orient. J’ai trouvé que le film y prenait son temps, en posant un contexte et en alternant des scènes d’action, de dialogue et de paysages. Puis, dès qu’Arthur arrive en Bretagne le rythme s’accélère : on passe d’un groupe de personnages à un autre sans trop avoir le temps de respirer. Et ma plus grosse déception concerne la dernière partie du film, avec le siège de Kaamelott. J’aurais beaucoup apprécié que cette scène dure plus longtemps, surtout le combat entre Arthur et Lancelot que j’ai trouvé trop rapidement expédié.

Pour nuancer cet aspect, je tiens à préciser qu’étant donné que le rythme de la série était assez lent du fait de la durée des saisons (7 heures pour le Livre V et 6 heures pour le Livre VI), il est impossible de retrouver un rythme identique dans un film de 2 heures, qui a donc forcément moins de temps pour laisser des moments de vide.

La comédie prend le pas sur le ton sérieux de Lancelot et de l’univers de Kaamelott

Un autre aspect cette fois-ci plus subjectif que j’ai trouvé un poil raté est le ton attribué à Lancelot. Durant le Livre V Lancelot a un rôle très sombre, très dramatique et il est toujours présenté sous un registre sérieux. Dans ce film, le rattachement du personnage de Lancelot au groupe de Loth dédramatise son rôle. En effet, on retrouve dans ce groupe Loth d’Orcanie, le Jurisconsulte, le père Blaise et le seigneur Galessin : autant de personnages au ton éminemment comique. Entouré par tous ces personnages, il est difficile pour Lancelot d’arriver à se détacher, voir à apparaitre comme un véritable leader.  En effet, il apparait comme impuissant et semble subir tout ce qui lui arrive alors que dans la série Lancelot était un personnage très entreprenant et dirigiste. Enfin à la fin du Livre VI Lancelot semblait déterminé à ne pas répéter les mêmes erreurs que son prédécesseur, en ne s’entourant que de gens compétents. On peut donc se demander pourquoi il a choisi de renouveler sa confiance au roi Loth qui l’avait pourtant trahi à la fin du Livre IV.

Il y a également eu plusieurs moments où j’ai eu l’impression que l’aspect comique entachait trop la crédibilité de l’univers de Kaamelott. Pour comprendre cela, il est nécessaire de bien comprendre ce qui constitue le principe de cette saga. Depuis le livre I, Kaamelott a toujours eu un fond scénaristique sérieux soupoudré par des personnages comiques. Ainsi dans Kaamelott ce qui prête à rire ce n’est jamais un évènement ou un fait en soit mais la manière dont les personnages vont réagir à ce fait. Cela se ressent par exemple avec la quête du Graal qui est une mission sacrée confiée par les dieux à des chevaliers alors que ces derniers n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils doivent faire. Ou bien les invasions des Saxons et des Vikings qui doivent affronter les armées incompétentes du roi Arthur, incapables de se coordonner sur le champ de bataille. Or dans ce film, on retrouve des situations qui prêtent à rire, non pas en raison de la réaction des personnages, mais du fait de la situation en elle-même. Pour donner un exemple précis, le running gag présent tout au long du film « Y a plus d’argent pour payer les Saxons » est à mon goût problématique car il pénalise le fond de l’univers de Kaamelott. Il est difficile de parler d’incohérence scénaristique car la question de la collecte des taxes n’avait jamais vraiment été évoqué dans la série. Mais on peut tout de même prendre en compte le fait que durant le règne d’Arthur, Kaamelott emploie de nombreux serviteurs, gardes et autres agents royaux. Et il faut bien payer tout ce monde avec de l’argent. Partant de cet état de fait, il semble invraisemblable que les impôts récoltés sous le règne de Lancelot ne rapportent plus rien. Alors oui certes, voir Christian Clavier hurler « Y a plus un radis dans les caisses » est drôle mais c’est aussi pénalisant pour la cohérence générale de l’univers de Kaamelott, même si je reconnais que ce détail n’est pas forcément très important.

Une introduction trop importante de nouveaux personnages

Enfin, un dernier aspect négatif est le fait que beaucoup de nouveaux personnages soient introduits, sans qu’ils soient forcément utiles à l’intrigue. Dans un film qui dure 2 heures et qui se veut être une suite, il semble difficile d’introduire autant de personnages en si peu de temps. Certains apportent une véritable plus-value à l’intrigue et sont aisément identifiables comme le personnage joué par Guillaume Galienne ou celui joué par Clovis Cornillac. Mais la majorité des personnages introduits ne sont là que pour donner la réplique aux personnages que nous connaissons déjà et ils doivent se partager un temps d’apparition à l’écran déjà très disputé. Et si lors de mon premier visionnage du film j’ai eu du mal à retenir l’identité de tous ces nouveaux protagonistes, je n’ose imaginer la difficulté que cela a pu représenter pour les spectateurs qui étaient totalement étrangers à l’univers de Kaamelott.

Les points intermédiaires :

J’ai également relever des aspects du film qui sont intéressants mais qui selon moi aurait mérité d’être un peu plus approfondis. Par exemple le thème du caractère tyrannique du régime de Lancelot aurait pu être un peu plus exploité. Il aurait pu être intéressant de montrer aux spectateurs des mercenaires saxons qui s’en prennent à la population ou des exécutions publiques. Cela aurait véritablement montré l’oppression du peuple breton et se serait ajouté au panel de raisons qui justifient le revirement d’Arthur. Malheureusement un des seuls éléments à aller dans ce sens, celui du meurtre de la femme de Guethenoc, est immédiatement dédramatisé par une blague.

On peut nuancer cet aspect en gardant en tête que toute la période qui va de la fin du Livre VI au film et qui porte le nom de Kaamelott : Résistance peut encore être exploitée par Alexandre Astier et donc montrer ce caractère tyrannique du régime de Lancelot.

Les points forts :

L’univers de Kaamelott en grand et en beau

Les dialogues sont toujours aussi percutants et les répliques sont toujours aussi drôles. Je ne crois pas avoir autant ris en allant voir un film au cinéma. Si vous avez aimé l’humour de la série, alors vous allez adorer ce film.

Sur l’aspect visuel, que ce soit pour les décors ou pour les costumes, tout est très beau à voir. Les images, et particulièrement la lumière, sont magnifiques. Et pour en revenir aux costumes, j’ai beaucoup apprécié le fait que chaque groupe de personnages ait son style vestimentaire bien défini (Burgondes avec des vêtements colorés, Saxons en blanc avec un teint blafard). Les effets spéciaux sont très bien pour un film français, surtout compte tenu du budget (15 millions d’euros).

La musique est de grande qualité et contribue vraiment à donner une ambiance féérique au film. Avec Astier comme compositeur, on ne pouvait pas s’attendre à mieux.

Un temps d’apparition équilibré pour tous les personnages

Chaque personnage à droit à son petit moment. C’est principalement dû au fait que les personnages sont casés par groupe :

  • Le groupe de Kaamelott (Lancelot, Loth, Dagonnet, le jurisconsulte, le père Blaise, Galessin)
  • Le groupe de Carmélide (Léodagan, Séli, Calogrenant, Elias, la sœur de Léodagan)
  • Le groupe de la Résistance (Karadoc, Peceval, Merlin)

Même s’il y a beaucoup de personnages et que la durée peut sembler courte pour leur donner le temps d’apparaitre à l’écran, l’équilibrage est plutôt réussi. Les interactions sont dynamiques et chaque personnage arrive à exister. De plus certains nouveaux ont à mes yeux beaucoup de potentiel comme le chef Saxon Horsa et le fils caché de Loth.

Des apports très intéressants concernant l’histoire d’Arthur

Je pourrais aussi citer le parcours d’Arthur, de Guenièvre et la relation entre les deux personnages qui prend une direction très intéressante. Les flash-backs permettent d’apporter un semblant d’explication sur le rapport d’Arthur à l’amour. Mais surtout, ils nous permettent de comprendre en profondeur l’acharnement du roi à défendre les faibles face à l’oppression des forts. On pourrait donc voir dans ces flash-backs les origines de l’esprit de la Table Ronde.

Ces retours dans la jeunesse d’Arthur permettent également de justifier en partie le revirement de ce dernier. Ainsi, au moment de son départ de la Maurétanie Césarienne, Arthur aurait pu choisir d’abandonner Sheda à la merci de Furadja. Mais il a choisi de la sauver, en rebroussant chemin et en éliminant son tortionnaire. Lors de son retour dans le royaume de Logres, Arthur se retrouve confronté à un choix similaire : rester indifférence à la souffrance du peuple breton ou le débarrasser de Lancelot, son tyrannique oppresseur. De même, le duc d’Aquitaine joue un rôle très important. Il insiste sur le sentiment de culpabilité d’Arthur, en sous-entendant qu’il serait responsable de l’arrivée au pouvoir de Lancelot. Il montre aussi à Arthur que l’esprit de la Table Ronde perdure et qu’une nouvelle génération est prête à prendre le relais. Tous ces éléments sont bien construits et permettent de justifier en partie qu’Arthur accepte de revenir au pouvoir.

La fin ouvre un très grand nombre de portes pour les deux prochains films

Sur un plan scénaristique, il se passe beaucoup de choses dans ce Premier Volet. Cela permet de libérer énormément d’espace pour les intrigues de KV2 et KV3 et donc de permettre à Alexandre Astier de raconter encore de nombreuses histoires. Globalement le film laisse énormément de portes ouvertes, que ce soit à propos du devenir de Lancelot, du nouveau rôle des Saxons ou de la reprise de la quête du Graal. Et la scène post-générique qui annonce le retour de Méléagant laisse possiblement présager un retour vers des thèmes plus sombres. S’ajoute à cela l’arrivée de Lancelot au château hanté de son père qui sous-entend que ce dernier va peut-être rebasculer dans la folie.

En résumé, j’ai beaucoup apprécié ce premier volet. Voir Kaamelott enfin arriver sur le grand écran est un réel plaisir et je nourris beaucoup d’espoir concernant la suite de cette saga commencée il y a maintenant 17 ans.