CQMTC : l’Écriture

Comment commencer cette série de chroniques autrement, qu’en évoquant la raison même de leur existence : ma passion pour l’écriture ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire. Déjà à l’école, je me pliais à l’exercice de Français de la « rédaction » et du « sujet d’invention » avec plaisir. Cependant, ces exercices ne me permettaient pas d’accéder à une liberté totale : nous étions toujours soumis à des règles concernant l’histoire à raconter (suite, prequel), le type de narration (narrateur externe, interne ou omniscient) ou le mode de narration (narrateur à la 1re personne du singulier ou à la 3e). C’est donc ce premier qualificatif que j’utiliserais pour qualifier l’écriture : la liberté. La liberté de s’affranchir des normes et des contraintes de notre réalité, pour en bâtir une nouvelle. Je ne dis pas pour autant que les mondes inventés par les écrivains sont tous utopiques, mais ils ont été construits pour répondre aux souhaits d’une personne plongée dans un processus de création artistique. Par conséquent, ils répondent en certains points à un principe d’idéalisation et, même si certains peuvent se révéler chaotiques ou dystopiques (je pense notamment à l’univers de The Walking Dead), ils correspondent toujours à un point de vue personnel répondant à un postulat (dans l’exemple cité, le postulat pourrait être : À quoi ressemblerait le monde s’il était confronté à une épidémie transformant ses habitants en zombie ?). L’écriture suppose donc pour l’auteur, de se projeter dans un univers. Si ce dernier n’existe pas dans les faits, il est en fait parfaitement existant dans l’esprit de l’écrivain. Et cela nous amène à un deuxième qualificatif qui peut être rattaché à l’écriture, celui de la transmission.

Bien évidemment, à l’origine, l’écriture n’a pas été inventée pour transmettre quoi que ce soit, mais pour organiser la vie économique des premières sociétés. Les premiers écrits étaient en effet destinés à des fins de comptabilité. Mais, comme tous les outils créés par l’Homme, l’écriture n’a pas tardé à se diversifier, pour être employée à des buts bien différents. Pour en revenir à l’idée de transmission : l’objectif de l’écriture au yeux des écrivains, est bel et bien de pouvoir retranscrire au mieux la description d’une histoire, de personnages, d’un monde, qui n’existent que dans leur esprit. C’est là, la première difficulté à laquelle on est confronté en tant qu’écrivain : Comment faire en sorte que le lecteur puisse voir ce personnage, comme moi je le vois ? Mais cette question, censée nous guider, est en fait une fausse question car le lecteur ne pourra bien évidemment jamais imaginer un personnage, d’une façon identique à celui qui l’a créé. Ainsi, pour prendre un exemple personnel : il n’existe pas qu’une seule version d’Ekléanos, mais des milliers de versions possibles, dont une seule est exacte et ne pourra jamais être atteinte par les lecteurs. Mais cette réalité, triste en apparence, est acceptée en tant que convention. C’est une prérogative dont tous les écrivains sont conscients, et à laquelle ils acceptent de se soumettre. Et, si nous acceptons si facilement cette contrainte (qui n’est qu’une, parmi tant d’autres), c’est parce que l’écriture est un moteur, et ce sera le troisième qualificatif que j’emploierais, elle nous rend heureux.

Je me souviens très bien de l’époque où j’ai commencé à écrire, et plus précisément de l’époque où j’ai commencé à écrire des livres. De la même manière, je me souviens avec exactitude du sentiment d’euphorie qui s’emparait de moi, lorsque j’achevais une séance d’écriture. Avec le temps, ce sentiment de bonheur sans équivalent qui suit la fin d’une séance, est devenue de moins en moins fort. M’y suis-je tellement habitué que je ne le remarque plus ou s’est-il réellement amoindrie ? Je n’ai pas la réponse à cette question et je dois dire qu’elle importe peu. Aujourd’hui, l’écriture est devenue le sens que je souhaite donner à ma vie. Il ne se passe pas une journée sans que je ne réfléchisse à mes histoires, à mes personnages, aux suites éventuelles. L’écriture est devenue une part intégrante de mon existence, de même que dormir ou respirer, dont je ne pourrais pas me passer. En plus de la chance d’avoir découvert cette passion, j’ai également la chance de l’avoir découverte très tôt, à l’âge de 12 ans. Je peux vous assurer que, après six ans passés à écrire, la motivation et l’inspiration sont toujours aussi fortes, de telle sorte que je n’envisage pas une seule seconde d’arrêter. Je ne sais pas encore si j’aurais la chance de pouvoir vivre de cette passion, mais le succès ou le non-succès ne m’empêcheront pas d’écrire car, ce qui me rend heureux en premier lieu, ce n’est pas de connaitre les chiffres de vente, mais c’est l’instant dans ma journée durant lequel je suis plongé dans mes histoires.