
Attention, cette chronique contient des spoilers sur l’intrigue des jeux Tomb Raider.
Cette année, la saga Tomb Raider célèbre son 30e anniversaire. Alors que la sortie de deux nouveaux jeux a été annoncée il y a quelques semaines et qu’une série télévisée produite par Amazon est également en préparation, l’occasion était parfaite pour consacrer une chronique à cette série iconique du jeu-vidéo.
Présentation :
Tomb Raider est une série de jeux-vidéo développée par Crystal Dynamics dont le premier opus est sorti en 1996. Ces jeux ont pour héroïne principale un personnage du nom de Lara Croft, une femme britannique passionnée par l’archéologie et les civilisations anciennes. Assoiffée d’aventure, cette dernière parcourt le monde à la recherche d’artefacts magiques dissimulés dans des tombeaux parsemés de mille et un piège. Pour parvenir à ses fins, elle devra généralement résoudre des énigmes, affronter des créatures mythologiques ou simplement faire face à des pilleurs de tombe qui convoitent les mêmes artefacts. Ces jeux conduiront donc le joueur à vivre des aventures à travers le monde, avec des séquences d’exploration de ruines anciennes et des fusillades à grands coups de flingues (dont l’inspiration originelle nous vient évidemment d’Indiana Jones).
Depuis la sortie du premier jeu en 1996, la saga Tomb Raider a connu plusieurs reboots. Il y en a eu un premier en 2006 (trilogie Legend) qui a donné naissance à une nouvelle trilogie, puis un second en 2013 (trilogie Survivor). Voici la liste des jeux auxquels j’ai eu le plaisir de jouer :
| Nom | Date de sortie | Lieux de l’intrigue |
| Tomb Raider : Legend | 2006 | Bolivie, Pérou, Japon, Ghana, Kazakhstan, Angleterre, Népal |
| Tomb Raider : Anniversary | 2007 | Pérou, Grèce, Égypte |
| Tomb Raider : Underworld | 2008 | Mer Méditerranée, Thaïlande, Angleterre, Mexique, Norvège, Mer d’Andaman, Océan Arctique |
| Tomb Raider | 2013 | Île du Yamataï (mer du Diable, Japon) |
| Rise of the Tomb Raider | 2015 | Vallée géothermique & Kitej (Sibérie, Russie) |
| Shadow of the Tomb Raider | 2018 | Jungle amazonienne & Paititi (Pérou) |
Découverte de la série :
J’ai découvert Tomb Raider en 2010 avec Tomb Raider : Legend et Tomb Raider : Anniversary. Au printemps 2015, alors que la sortie de Rise of the Tomb Raider avait été annoncée, j’ai décidé de me replonger dans cette série de jeux dont je gardais un bon souvenir. J’ai donc joué au Tomb Raider de 2013 et ai ensuite enchainé les jeux suivants lors de leur sortie. Aujourd’hui, la série des Tomb Raider se classe sans hésiter dans mon top 3 de mes sagas vidéoludiques préférées, non seulement parce que ce sont des jeux qui m’accompagnent depuis mon enfance, mais surtout parce qu’ils portent en eux l’ADN des meilleurs films d’aventure.
Analyse générale sur la saga :
I – À la découverte des tombeaux
S’il y a bien un aspect qui est commun à l’ensemble des opus de cette saga, c’est bel et bien le sentiment de participer à une véritable aventure. Ainsi les jeux Tomb Raider trouvent bien souvent leurs inspirations dans les diverses mythologies, en mettant en scène de puissants artefacts. Tomb Raider : Legend a par exemple pour intrigue le fait que Lara cherche à reconstituer l’épée Excalibur tirée de la légende arthurienne ; Anniversary fait écho au mythe de l’Atlantide ; Underworld nous fait voyager dans le monde d’Helheim et voit Lara mettre la main sur le marteau de Thor. S’il s’agit là de références globalement connues de la culture populaire, la trilogie Survivor lancée en 2013 a apporté un véritable rafraichissement en explorant des légendes moins célèbres comme le royaume perdu du Yamatai, la cité de Kitej ou encore celle de Païtiti. Cette utilisation des différentes mythologies ou légendes permet à la saga d’introduire des éléments relevant du fantastique, en renforçant par conséquent les enjeux du récit. Dans tous ces jeux, Lara devra donc retrouver un objet ou un endroit légendaire afin d’empêcher qu’il ne tombe entre de mauvaises mains ou qu’il ne provoque la fin des temps.
Et qui dit ancienne civilisation, dit forcément archéologie. Le joueur prendra plaisir à voir Lara explorer des ruines anciennes, le tout bien souvent accompagné de commentaires explicatifs sur la culture ou l’histoire de la civilisation en question. En dehors des dialogues et des scènes cinématiques, ces explications sont également fournies par l’intermédiaire de différents documents à ramasser. Des documents qui présentent à mes yeux trois avantages : du point de vue du gameplay tout d’abord, leur existence force le joueur à se détacher du fil du scénario principal pour explorer les environs afin de les trouver ; du point de vue du lore, ces documents permettent généralement d’apporter davantage d’informations sur l’histoire ; et enfin, du point de vue de l’ambiance, ils permettent de soutenir le côté archéologue du personnage qui devra déchiffrer des parchemins, des fresques ou trouver des reliques anciennes.
Vous l’aurez compris, pour peu que vous ne soyez pas familier avec Tomb Raider, l’exploration des tombeaux est donc au centre de cette saga. Si les premiers jeux insistaient énormément sur l’impression de gigantisme – avec de grandes pièces à explorer, des mécanismes géants, des immenses statues – la trilogie Survivor met quant à elle en avant des tombes plus réalistes. Cela passe aussi bien par les décors (murs effondrés, toiles d’araignées, squelettes) que par la volonté de renforcer l’ambiance inquiétante, en insistant grandement sur l’obscurité et en s’appuyant sur les bruitages, la musique ou encore des pièges mortels. Un cadre qui nous donne réellement l’impression d’être dans la peau d’un archéologue découvrant un tombeau inexploré depuis des siècles.
Le sentiment de voyage est lui aussi très présent. Le jeu nous conduit d’un pays à un autre, ce qui lui permet de varier les environnements. Là encore, une approche distincte est à relever entre la trilogie Legend qui proposait au joueur de vastes tombeaux fermés, et la trilogie Survivor qui propose au joueur des régions, en insistant davantage sur le sentiment d’isolement et en encourageant l’exploration.
Enfin, la réalisation d’une qualité cinématographique est à souligner : chaque jeu offre son lot de scènes marquantes, de par leur mise en scène. Je citerai notamment le naufrage du bateau dans Tomb Raider, la découverte de la cité de Kitej dans Rise of the Tomb Raider ou encore la scène de fusillade dans la raffinerie de pétrole dans Shadow of the Tomb Raider. La musique retranscrit également à merveille l’ambiance de chaque jeu : si le thème principal de Rise insiste beaucoup sur l’ambiance d’aventure et de mystère, celui de Shadow apparait comme beaucoup plus sombre et tragique, en adéquation avec l’histoire du jeu.
II – Lara Croft, une guerrière faillible
Difficile d’évoquer la saga des Tomb Raider sans consacrer une partie de cette analyse à son personnage principal. Il faut avant tout souligner qu’en faisant le choix en 1996 d’avoir pour protagoniste un personnage féminin, Crystal Dinamics a pris une décision assez novatrice, alors que les studios de développement avaient à l’époque pour habitude de privilégier des personnages masculins.
La première interprétation de Lara Croft qui nous a été offerte correspond à un femme charismatique, sûre d’elle et guerrière, qui peut traverser les pires épreuves et affronter tous les dangers en gardant un calme olympien. Capable de manier n’importe quelle arme, de réaliser des cascades à moto tel Ethan Hunt dans Mission : Impossible ou d’escalader des falaises à mains nues, cette version de Lara Croft donne véritablement au joueur le sentiment d’incarner un personnage puissant. Cependant, cette Lara présente deux défauts : son passé est assez peu développé et sa capacité à surmonter n’importe quel problème sans que cela ne paraisse l’affecter émotionnellement lui confère une apparence assez froide, à laquelle il est difficile de s’attacher. La combinaison entre son large panel de compétences et son absence de peur fait que l’on doute rarement de ses chances de réussite, ce qui est tout de même dommage pour ce type de personnage.
La deuxième version de Lara née du reboot de 2013 nous offre une interprétation beaucoup plus humaine. On suit Lara Croft dans ses premières aventures. L’ambition de cette trilogie est précisément de nous raconter la naissance du « tomb raider ». Le joueur assiste donc à ses premiers hauts faits. Tomb Raider (2013) nous montre parfaitement son apprentissage en tant qu’aventurière : la première fois qu’elle tue quelqu’un, qu’elle escalade un haut sommet ou qu’elle voit un compagnon mourir sous ses yeux (trois scènes très marquantes de cet opus). Les motivations du personnage sont bien établies, son passé familial est développé et Lara est dotée de plusieurs défauts, le plus notable étant son entêtement. Ce dernier est d’ailleurs très bien dépeint dans Shadow of the Tomb Raider car c’est l’acharnement de Lara à vouloir contrer ses ennemis qui provoque une série de cataclysmes. Cette Lara Croft est donc un personnage auquel il est plus facile de s’identifier et de s’attacher. Le fait qu’elle ressente de la peur, des doutes et qu’elle soit capable d’échouer renforce la pression dramatique face aux défis auxquels elle est confrontée.
Vous l’aurez donc compris, en ce qui me concerne, je préfère largement cette version plus humaine de Lara Croft, car je la considère comme plus nuancée et mieux écrite.
III – L’Humanité et ses faiblesses
Chaque aventure se déroulant dans la saga des Tomb Raider apporte également son lot de réflexions sur la condition humaine. La trilogie Legend pose ainsi au centre de son intrigue la question du deuil. Tout commence lorsque Lara, encore jeune enfant, explore un tombeau situé au Népal en compagnie de sa mère à la suite du crash de leur avion. Lara finit par découvrir une épée reliée à un étrange mécanisme et l’actionne par mégarde. Sa mère s’interpose alors pour tenter de la protéger, mais se retrouve happée à l’intérieur d’un portail et disparait sous les yeux de sa propre fille. Durant toute la trilogie, Lara tente donc de percer le mystère qui se cache derrière cette disparition et ira même jusqu’à voyager à Helheim, le monde des morts, avec l’espoir d’y retrouver sa mère. À la toute fin de Tomb Raider : Underworld, elle parvient enfin à son objectif, mais découvre avec horreur qu’après des années passées dans l’au-delà nordique, sa mère s’est transformée en mort-vivant. Lara est donc forcée de l’abattre, faisant une croix définitive sur son rêve de jeune fille. Pour elle, cet acte marque la fin de sa dernière étape du deuil, avec l’acceptation finale de la mort de sa mère.
La trilogie Survivor apporte elle aussi son lot de réflexions, en particulier sur la question de la faiblesse humaine. Que ce soit dans Rise of the Tomb Raider avec la Source divine, un artefact permettant d’accéder à l’immortalité, ou Shadow of the Tomb Raider avec la boite d’Ix-Chel qui permet de refaçonner le monde à sa volonté, la conclusion est toujours la même aux yeux de Lara : l’être humain n’est pas parfait, il a ses qualités et ses défauts, mais ce sont précisément ses défauts qui lui donnent son humanité. Dans ces deux opus, l’aventurière se bat donc contre les Trinitaires, une organisation militaire qui cherche à contrôler le monde, avec l’objectif de les empêcher de mettre la main sur ces puissants artefacts. D’une façon parallèle, ces deux jeux mettent aussi en avant un conflit existentiel entre le maintien des traditions et l’essor de la modernité. Ainsi les personnages de Jacob (Rise of the Tomb Raider) et Amaru (Shadow of the Tomb Raider) sont mus par les mêmes motivations : protéger leurs peuples respectifs et leurs traditions des dangers du monde moderne. Pour parvenir à leurs fins, tous deux ont recours à des méthodes radicales. Jacob a utilisé le pouvoir de la Source divine pour créer une armée de soldats immortels devant protéger son peuple ; Amaru souhaite utiliser la boite d’Ix-Chel afin d’empêcher que le monde extérieur ne découvre l’existence de sa cité natale de Païtiti.
Enfin, s’il y a une réflexion plus générale qui est omniprésente au sein de cette saga, c’est bien celle que tous les mystères ne méritent pas d’être résolus. Que ce soit dans la trilogie Legend lorsque Lara cherche à retrouver sa mère ou dans la trilogie Survivor lorsqu’elle récupère la dague de Chak Chel, l’entêtement de l’aventurière à obtenir des réponses provoque à chaque fois des catastrophes et son lot de victimes. Son père s’est lui-même éloigné progressivement de toute sa famille à force d’être obnubilé par tous ces mystères.
Au fil de la trilogie Survivor, Lara Croft semble prendre conscience de tous cela et suit une évolution assez intéressante. En effet, à la fin de Tomb Raider (2013), Lara reconnait que les mystères dont lui avait parlé son père existe bel et bien et décide de partir à leur découverte pour poursuivre son héritage. À l’issue des aventures de Rise of the Tomb Raider, elle décide de continuer sa quête, non plus pour son père, mais pour elle-même afin d’améliorer le monde. Enfin, Shadow of the Tomb Raider se termine sur un monologue qui résume bien le changement d’état d’esprit du personnage : « J’avais tout faux. J’ai cru que pour prendre le contrôle de ma vie, je devais réaliser quelque chose d’extraordinaire. J’ai cru que je devais tout régler, mais les mystères du monde doivent être appréciés plus que résolus, et je ne suis que l’une de leurs protectrices. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir, mais quelque soit l’aventure qui m’attend, j’ai hâte de me mettre au travail. Je vais essayer de ne pas trop me prendre au sérieux. Pour l’instant, je suis contente d’être à la maison.«
Tomb Raider constitue à ce jour l’une des plus importantes saga de l’histoire du jeu-vidéo. En alliant archéologie, fantastique, action et survie, cette saga propose aux joueurs de vivre une aventure avec un grand A.


