
La révolution de mars 657 survenue lors du 24 de ce même mois correspond au renversement du régime d’Halderon VIII par un mouvement insurrectionnel. En certains aspects, elle s’apparente à une forme de coup d’état populaire puisque son succès a été permis grâce à la combinaison de l’action des membres de l’armée royale qui firent défection et des révoltés issus du peuple. En principe, on utilise le terme de coup d’État pour faire référence aux évènements s’étant déroulés dans la capitale et le terme de révolution pour faire allusion aux évènements qui se sont produits dans le reste du territoire du royaume.
Contexte
Le 7 Juillet 638, Halderon Federacle Péior est couronné roi sous le nom d’Halderon VIII. Durant les premières années de son règne, il poursuit la politique mise en place par ses prédécesseurs en augmentant les revenus fiscaux attribués aux seigneurs du royaume, ce qui contribue à renforcer leurs pouvoirs. Cela a également pour effet de diminuer le budget propre au royaume, ce qui force le roi à trouver d’autres sources de revenus pour compenser les pertes engendrées par ce partage favorable à la noblesse. Ainsi, de nombreux impôts impactant essentiellement les classes les plus pauvres sont augmentés. Dans le même temps, les années 610 et 620 ont été marquées par la publication de nombreux traités politiques appelant à un affaiblissement du pouvoir des seigneurs et faisant de la figure du roi le seul représentant légitime de l’État. À la fin des années 630, ces thèses trouvent un écho de plus en plus important parmi la population. La remise en question de l’ordre social établi et du rôle de la noblesse au sein de la société est donc au cœur des débats politiques de cette période.
En 655, le conseiller du roi meurt. Sur recommandations du maréchal Dierig, le roi Halderon VIII nomme Agnar Ilmada, alors capitaine-général, pour le remplacer. Dès sa nomination, le conseiller Agnar sollicite plusieurs enquêtes publiques pour connaitre les revendications de la population. Le ras-le-bol fiscal étant particulièrement présent, il propose de mettre en place une diminution de l’impôt sur la production agricole pour soulager les classes paysannes. Cependant, le roi repousse l’instauration de cette baisse à 659.
En 656, le roi fait part à son conseiller de son désir de bâtir une nouvelle demeure royale pour sa famille. Le conseiller Agnar, conscient des critiques populaires, tente de le persuader de renoncer à ce projet, en vain. Les travaux débutent ainsi en février 656. Comme l’avait prévu Agnar Ilmada, le peuple accueille la nouvelle avec beaucoup de colère et d’incompréhension : en effet cela fait maintenant plusieurs années que nombre d’habitants réclament la construction d’une muraille dans la vallée d’Ostilion pour protéger les populations du sud. En effet, l’incident de la fausse invasion orque qui s’est déroulée quelques années plus tôt après qu’un groupe d’Orgoïdé ait été aperçu près du village, a laissé des traces dans les consciences collectives. Malgré cela, le roi se refuse à se lancer dans de nouveaux travaux. Profitant de la colère populaire, des groupes révolutionnaires commencent alors à se former dans tout le pays. Au bout de quelques semaines, ils finissent par se rassembler sous une même autorité en établissant un conseil représentatif. Au sein de ce conseil siègent les principaux chefs issus des différentes régions du royaume. On retrouve ainsi l’écrivain Dimé Radius, l’intendant Auburn Descroussins, le chef de la corporation des marchands de Corcuen Malek Sirdevan, le poète Hervic Fedouin, et Firmin Podiam, représentant les paysans. Dès juin 656, ces cinq hommes commencent à se réunir pour établir une liste de revendications et rédiger un manifeste à adresser au roi.
Durant le mois de février 657, Agnar Ilmada prend contact avec les chefs révolutionnaires. Une réunion est organisée et se déroule 16, dans une ferme près d’Anariene. Agnar Ilmada exprime alors sa volonté de soutenir la cause, ne trouvant plus aucune raison de rester fidèle au roi. Avec le soutien d’Agnar, le mouvement trouve une légitimité politique.
Durant les semaines qui s’écoulent après la réunion, Agnar Ilmada se rapproche de certains officiers de l’armée dont il connait la rancœur à l’égard du roi. En effet, pour financer la construction du palais royal, le roi n’a pas hésité à diminuer la solde des soldats de l’armée, s’attirant ainsi la colère de ses propres troupes. Parmi ces soldats, beaucoup partagent la désapprobation du rôle croissant joué par la noblesse dans les affaires politiques du royaume et aspirent donc à un changement de régime. Agnar parvient ainsi à convaincre le maréchal Dierig, son mentor et ami de longue date, de le rejoindre. Grâce à ce soutien, le mouvement révolutionnaire reçoit l’appui de la 12e armée (rattachée à Anariene), forte de 2 400 soldats. À cette époque, l’armée royale est divisée en 16 armées dont 3 se situent en Anaridor (domaine royal d’Anariene). Dans les jours qui suivent, les chefs révolutionnaires et Agnar parviennent à acquérir le soutien d’une trentaine d’intendants (sur les 230 que compte la Chambre des intendants, organe législatif du royaume) ainsi que le soutien du maréchal Varmota, qui commande la 7e armée en poste à Dahntalen, du maréchal Kuberio, qui commande la 15e armée en poste à Anariene, ainsi que le soutien de plusieurs sous-officiers dont le capitaine-général Urbert. Cependant Agnar échoue à rallier le capitaine-général Copair qui l’a remplacé à son poste de commandant de la garde d’Anariene.
Au début du mois de mars, les chefs révolutionnaires, Agnar et les différents officiers de l’armée ralliés à la cause se réunissent pour organiser le coup d’État supposé se dérouler le 24. Les différents rôles sont ainsi distribués et des missives sont envoyés aux différentes cellules révolutionnaires du royaume dans lesquelles sont transmis ces ordres simples : « Le 24 mars, le régime d’Halderon prendra fin. Poussez le peuple à se révolter et emparez vous des lieux stratégiques. Dans les villages, prenez possessions des quartiers municipaux. Dans les grandes cités, emparez vous des demeures seigneuriales. Les royalistes, qu’ils soient nobles ou soldats devront être arrêtés en vue d’une condamnation postérieure. »
Déroulement
Anariene (capitale de l’Anaridor – domaine royal)
Peu avant 6 heures du matin, le capitaine-général Urbert, escorté par une quarantaine de soldats se présente aux portes du palais royal. Les gardes en poste sont surpris par cette arrivée massive et soudaine de soldats. Comme il en avait été convenu, Urbert fait croire aux soldats qui protègent le palais que la vie du Roi est menacée par des conspirateurs et qu’ils ont reçu l’ordre de protéger la demeure royale. Le capitaine-général donne donc l’ordre à vingt-deux soldats d’encercler le bâtiment et de protéger son entrée, et pénètre à l’intérieur. Les quelques gardes présents dans la demeure du roi n’opposent aucune résistance et laisse les hommes d’Urbert occuper les lieux. Le Roi, encore dans sa chambre, est réveillée par un serviteur, alerté par le bruit. Halderon VIII quitte ainsi son lit et interpelle le capitaine-général en lui demandant des explications. Urbert s’approche alors, dégaine son épée et déclare au souverain qu’il en état d’arrestation. Halderon conteste et donne l’ordre à sa garde personnelle de s’emparer des traitres. Les gardes du roi étant moins nombreux que les conjurés, ceux-ci jettent leurs armes à terres et se rendent. Aux alentours de six heures, alors que le jour n’est pas encore levé, le roi Halderon VIII est entre les mains des révolutionnaires.
Pendant que tous ces évènements se déroulent au palais royal, de leurs côtés, les maréchaux Dierig et Kuberio s’emparent des points stratégiques de la ville. Le premier encercle plusieurs demeures appartenant à des intendants et fait arrêter les plus fidèles au roi tandis que le second s’empare du château de Tornen dans lequel ces derniers ont l’habitude de se réunir. La population de la ville observe avec interrogation les allers et venues de centaines de soldats dans les rues d’Anariene. Les révolutionnaires civils font alors passer le mot pour annoncer la tenue d’un discours important d’Agnar Ilmada sur la place du Soleil. Cependant, l’occupation de la Chambre des intendants par les soldats de Kuberio peine à passer inaperçue : la rumeur finit ainsi par atteindre les oreilles du capitaine-général Copair, commandant en chef de la garde d’Anariene. Après plusieurs minutes passées à attendre de recevoir des ordres lui expliquant la situation, l’officier se décide à se rendre sur place afin d’obtenir lui-même des explications. Contraint de s’absenter pour se rendre au discours d’Agnar, le maréchal Kuberio a délégué son autorité à son lieutenant qui est donc responsable de la surveillance du château de Tornen. Arrivé sur les lieux, Copair découvre que la Chambre des intendants est encerclée par une centaine de soldats. Il demande donc des comptes au lieutenant qui se refuse à lui expliquer la situation en prétendant qu’il n’a reçu aucune information sur les raisons de cette opération. Le capitaine-général finit par s’agacer de ce silence et exige qu’on le mène au maréchal Kuberio sur le champ. Le lieutenant, qui est contraint d’obéir à son supérieur indique donc à Copair que le maréchal se trouve sur la place du Soleil.
À 7 heures, plusieurs milliers de citoyens sont massés sur la place principale de la ville dans l’attente d’Agnar. Ce dernier finit par arriver et annonce que le régime d’Halderon a été renversé, que ce dernier a été arrêté et qu’il sera exécuté sur la place à la fin de la journée. Il sollicite le soutien du peuple et livre un monologue dans lequel il dresse la liste des revendications portées par le mouvement révolutionnaire. Il conclut son discours en prononçant une maxime restée dans l’Histoire et ayant donné naissance à la devise de l’Arganon : « L’union nous rendra libre, la liberté nous rendra fort, et de cette force, nous tirerons les moyens d’assurer ensemble la prospérité générale de tout un peuple. »
Alors que le discours d’Agnar est terminé depuis plusieurs minutes, le capitaine-général Copair atteint la place du Soleil. Ce dernier ignore donc que le conseiller du roi fait partie du mouvement révolutionnaire. En se frayant un chemin à travers la foule, il finit par atteindre le maréchal Kuberio, qui protège l’estrade avec une dizaines de soldats. Copair entame la conversation avec son supérieur au sujet des opérations militaires se déroulant dans les différents quartiers de la ville. Kuberio s’en tient au scénario prévu : il explique à Copair que des renégats ont tenté de pénétrer dans le palais royal pour s’emparer du roi. Il a donc reçu l’ordre de protéger les différents lieux de pouvoir pour prévenir toute insurrection. Au milieu de la cohue, Copair entend les discussions de citoyens présents sur la place à propos du discours d’Agnar. Il commence donc à douter de l’honnêteté de Kuberio. Désireux de tirer la situation au clair, il indique au maréchal que son lieutenant lui a demandé de revenir au plus vite au château de Tornen. Kuberio abandonne donc Agnar persuadé de le laisser avec un homme de confiance. Une fois le maréchal et ses soldats éloignés, Copair fait arrêter le conseiller du roi et l’escorte hors de la place, sous les regards dubitatifs de la foule. Ilmada, qui espère se sortir de cette mauvaise impasse, demande aux citoyens de ne pas réagir. Quelques rues plus loin et après s’être suffisamment éloigné de la foule, le conseiller Agnar tente de persuader son ravisseur de rejoindre la cause révolutionnaire. Finalement, après plusieurs minutes de discussions, Agnar réussit à convaincre le capitaine-général de le soutenir en lui assurant que toute aide envers la révolution sera évidemment récompensée. Copair se place donc sous les ordres du conseiller Agnar qui lui demande de retourner à la place du Soleil avec lui et d’escorter des volontaires jusqu’à l’arsenal pour qu’ils s’emparent des armes situées à l’intérieur.
Aux alentours de 7h30, la foule massée sur la place du Soleil marche en direction de l’arsenal de la ville, escortée par le capitaine-général Copair et ses hommes. De son côté, Agnar rejoint le maréchal Dierig dans le quartier des intendants. Ce dernier lui dresse un rapport de la situation : une soixantaine d’intendants royalistes a été arrêtée, une vingtaine a été assignée à résidence et les autres ont été démis de leur fonction. Le conseiller profite de cette entrevue pour informer Dierig que Copair a rejoint leur cause et que par conséquent, la garde de la ville n’opposera pas de résistance. Il lui explique également que deux nouveaux lieux stratégiques doivent passer sous leur contrôle : l’arsenal, en ce moment même pris d’assaut par la foule en colère et les soldats de Copair, et la prison qui représente un intérêt majeur. Dierig décide de se charger de la prison. Il laisse la plus grande partie de ses hommes dans le quartier des intendants et part avec 200 soldats en direction de la prison. Sur place, il est accueilli par le prévôt Orsenn, commandant en chef de la place forte. Lorsque le commandant aperçoit Dierig et ses hommes en train de s’approcher, il fait barricader la prison. Au bout de plusieurs minutes, les soldats renégats finissent par venir à bout de la porte. La scène dégénère en affrontement et plusieurs dizaines de soldats sont tués. Constatant que la bataille est perdue, Orsenn se résout à se rendre. Comme il a opposé résistance aux révolutionnaires, il est démis de ses fonctions et jeté dans ses propres cachots.
Pendant ce temps, le capitaine-général Copair, soutenu par une trentaine de soldats et environ cinq cents civiles pénètrent dans l’arsenal. Submergé par le nombre d’opposants, les soldats de l’arsenal se rendent sans se battre et laissent les révolutionnaires s’emparer des armes. Le grand-brigadier vit la reddition de ses hommes comme un ultime déshonneur et se suicide.
Aux alentours de 9 heures, la situation est ainsi maitrisée par les révolutionnaires qui ont réussi à s’emparer de tous les points stratégiques de la ville. Les armées du maréchal Dierig et du maréchal Kuberio peuvent maintenant se déployer à l’extérieur de la ville pour protéger Anariene d’une contre-attaque royaliste. Le conseiller Agnar profite de cette réussite pour regagner la place du Soleil et célébrer la victoire avec la population et les chefs révolutionnaires.
Fortgund (capitale du Gundaran)
Dans la capitale du Gundaran, les révolutionnaires ne bénéficient d’aucun soutien issu des rangs de l’armée. Les cellules locales incitent donc la population à se réunir et à entamer une marche en direction du château du seigneur de la ville, le duc Pozardène. Ainsi, aux alentours de 7h30, la ville de Fortgund est la deuxième cité du royaume à se soulever contre le pouvoir. Les civiles s’arment de fourches, de marteaux et de haches et se positionnent devant les portes du château. Le chef révolutionnaire locale donne alors l’ordre aux soldats présent à l’intérieur de livrer le seigneur, ce qu’ils refusent catégoriquement. Finalement, une dizaine de minutes plus tard, la garde de la ville arrive en renfort et ordonne à la foule de se disperser. Face au refus de ces derniers d’obtempérer, un affrontement sanglant éclate qui fait près d’une centaine de morts dans les deux rangs. Pendant quelques minutes, la garde parvient à forcer les révolutionnaires à s’éloigner du château mais d’autres révoltés finissent par arriver, eux aussi armés. La garde en infériorité numérique se retranche alors en direction du château et parvient à tenir cette position pendant une heure, en repoussant les assauts successifs. Malgré le nombre colossal de morts, les révolutionnaires poursuivent le combat. Une rumeur commence alors à courir les rues : des révoltés auraient réussi à s’emparer des baraquements des gardes et auraient mis la main sur des armures et des armes. Cette rumeur est confirmée par l’arrivée de dizaines de civils équipés de heaumes et de boucliers. La foule, ravivée par ces renforts, se fait de plus en plus pressante contre les portes du château. À peine quelques minutes plus tard, il ne reste plus qu’une trentaine de gardes sur le parvis de de la demeure seigneuriale. Ces derniers finissent par supplier leurs homologues de les laisser se réfugier à l’intérieur mais les portes restent closes. Finalement, les derniers soldats se rendent. Cependant la foule en colère n’est pas prête à accepter cette reddition après que de nombreux hommes et femmes aient été tués par ces mêmes soldats. Certains sont trainés de force dans les rues de la ville, d’autres pendus et les révolutionnaires se livrent ainsi à des actes de répression sans merci. Les maisons soupçonnées d’abriter des familles fidèles aux rois sont brûlés. La ville est alors au bord de l’anarchie, mais grâce à l’intervention des chefs révolutionnaires locaux, le chaos s’apaise peu à peu.
Aux alentours de midi, les révoltés font parvenir près des portes du château, un bélier de fortune, fabriqué avec la charpente d’une maison incendiée. Les soldats à l’intérieur de l’enceinte commencent à réfléchir à une solution de repris. Cependant, après quelques coups, le bélier se brise. Pendant quelques heures, la foule semble renoncer à l’idée de pénétrer dans le château et se livre à un pillage des maisons des nobles qui ont désertés la ville. Finalement à 18 heures, les révolutionnaires reprennent en main le siège du château. Cette fois-ci, ils se munissent d’un véritable bélier trouvé dans un entrepôt de la garde et parviennent à enfoncer les portes du château. Lorsqu’ils entendent la porte voler en éclat, les soldats présents à l’intérieur (environ une cinquantaine) et le duc Pozardène s’enfuient par une porte dérobée. Le groupe parvient à sortir de l’enceinte sans être repéré par les révoltés. Mais, alors qu’ils se frayent un chemin dans les rues, ils sont rattrapés par la foule. Au bout de quelques minutes, Pozardène et sa garde atteignent les portes de la ville. Quelques mètres à peine derrière eux, plusieurs centaines de civiles armées sont prêt à en découdre. À ce même instant, le maréchal Dierig soutenu par sa cavalerie arrive près des portes de la ville. Le seigneur de Fortgund se réjouit, croyant avoir affaire à des renforts envoyés par le roi. Lorsqu’il voit le maréchal s’approcher de lui, l’arme à la main, en lui ordonnant de se rendre, il comprend que la situation est perdue. Pris de colère, il ordonne alors à ses hommes d’arrêter le maréchal, ce que ces derniers refusent de faire. Les soldats de Pozardène jettent alors leurs armes à terre. Seul le capitaine-général refuse de se rendre. Un simple soldat s’approche alors de son supérieur et lui tranche la gorge, aussi bien pour dénouer la situation que pour prouver son engagement sincère. Complètement sous le choc, Pozardène s’effondre au sol. Ses propres hommes s’emparent alors de lui et le remettent au maréchal Dierig. Une fois assurée que la situation dans la ville s’est stabilisée et qu’elle est sous contrôle des révolutionnaires, Dierig fait envoyer par pigeon voyageur un rapport à Agnar.
Reste du royaume
À Dahntalen, la situation bascule rapidement en faveur des révolutionnaires grâce au soutien du seul grand officier présent sur place, le maréchal Varmota. Dans le reste du pays, les résultats de la révolte varièrent selon les villes. À Hondel par exemple, le duc décida de rejoindre de son propre chef le mouvement révolutionnaire dès qu’il eut vent des évènements s’étant déroulé à Anariene. Il remit donc la ville aux révoltés sans qu’il n’y ait d’affrontement. À Corcuen, Malek Sirdevan parvint à engager des mercenaires et à rallier le soutien de certains de ses homologues marchands. La victoire put ainsi être obtenue lorsque le seigneur de la ville se rendit compte que les corporations étaient toutes contre lui. La situation à Lumienda dégénéra assez vite. Comme à Fortgund, le seigneur se barricada dans sa demeure. La population ne parvint pas à prendre le dessus sur la garde. À la fin de la journée et après plusieurs attaques, environ 500 révolutionnaires avaient perdu la vie. Finalement, des soldats du duché ralliés aux révolutionnaires pénétrèrent dans la ville et mirent fin aux massacres.
Le duc du Mar fut un des derniers partisans d’Halderon VIII à résister. Le soutien envers le roi étant particulièrement fort dans ce territoire, le conflit entre révolutionnaires et royalistes continua tout au long de la nuit. Ce n’est que le lendemain à 6 heures du matin que les dernières troupes royalistes capitulèrent. Quoi qu’il en soit, lorsque le soleil se coucha le 24 mars 657, les forces révolutionnaires l’avaient emporté : les villes principales du royaume étaient sous leur contrôle et les seigneurs nobles avaient quasiment tous été renversés.
Conclusion
Aux alentours de 20 heures, Halderon Federacle Péior est sorti de sa cellule et mené sur la place du Soleil. Une potence y a été installée. Agnar se trouve sur les lieux aux côtés de Dimé Radius et Auburn Descroussins. La condamnation du roi est prononcée publiquement. Plusieurs milliers de personnes sont présentes pour assister à la pendaison du roi. La place est ceinturée par plusieurs centaines de soldats, sous les ordres de Kuberio, qui est le seul maréchal à assister à la scène. Le Roi est conduit sur la potence. Une fois Halderon VIII à la vue de tous, Radius s’approche de lui et proclame haut et fort la fin du régime monarchique et la suppression de tous les privilèges et titres octroyés à la noblesse. Il annonce ensuite au roi déchu que le mouvement révolutionnaire l’a condamné à mort et s’enquiert de ses dernières volontés. Radius actionne ensuite le levier ouvrant la trappe aux pieds du souverain. De longs applaudissements retentissent alors sur toute la place et la foule pousse des cris de joie. Avec la mort d’Halderon VIII, la dynastie péorienne prend fin.
Conséquences
Le lendemain de l’exécution du roi, le 25 mars 657, un gouvernement provisoire est organisé. On retrouve à sa tête Agnar Ilmada, Dimé Radius, Auburn Descroussins, Hervic Fedouin, et Firmin Podiam. Malek Sirdevan se voit confier la tâche de gérer les affaires courantes à Corcuen. Le maréchal Kuberio est chargé de l’épuration au sein de l’armée royale. Le capitaine-général Urbert est placé à la tête de la garde d’Anariene. Malgré les promesses d’Agnar, le capitaine-général Copair est condamné à une peine de 10 ans de prison pour avoir tenté d’arrêter le mouvement révolutionnaire. Le maréchal Dierig quant à lui se voit confier la tâche de poursuivre les derniers royalistes éparpillés dans le royaume. Enfin, le maréchal Varmota est placé à la tête de la ville de Dahntalen.
Dans les semaines qui suivent l’exécution d’Halderon, les chefs du gouvernement provisoire s’attellent à l’élaboration d’une nouvelle constitution.
Le 28 mars il est décidé d’effectuer un redécoupage administratif du territoire. Les treize duchés et seigneuries que comptaient le royaume, à savoir l’Anaridor, la Chassédie, la Corvalie, la Daragne, le Gundaran, l’Iraga, le Lenmarte, la Lumidie, le Mar, le Mocatan, l’Oros, la Salasie et le Sirras sont réorganisés afin de former six grandes provinces. Afin d’éviter qu’un ancien seigneur puisse revendiquer la possession d’un de ces nouveaux territoires, le gouvernement décide de donner à ces provinces le nom de leurs capitales. Sont ainsi créées les provinces d’Anariene, de Corcuen, de Dahntalen, de Fortgund, de Hondel et de Lumienda.

Il est également décidé de remplacer les anciens seigneurs par des représentants du gouvernement désormais nommés. Ces derniers devront assurer une gouvernance à l’échelle locale et auront aussi une charge de ministre. Cinq postes d’administrateurs sont ainsi créés et rattachés aux nouvelles provinces. La province d’Anariene demeure sous le contrôle direct du gouvernement.
Le 30 mars les chefs révolutionnaires s’entendent sur la création d’un Conseil législatif, composé de 365 membres chargés de voter les lois et de vérifier qu’elles soient conformes à la constitution. Ces membres seront élus par les maires pour un mandat de 7 ans. Les maires de leurs côtés seront chargés de l’administration des villes mineures et des villages et seront désormais élus par la communauté urbaine pour un mandat de 9 ans.
Le 31 mars il est convenu, sur recommandation d’Agnar, de démanteler l’armée royale pour se débarrasser définitivement des marques de l’ancien régime. Ce même jour, il est décidé que le futur chef de l’État recevra la charge de nommer les administrateurs et qu’il se réunira avec eux lors du Grand conseil d’État qui aura lieu tous les quinze jours. Le chef de l’État devra également de disposer de pouvoir assez large pour asseoir son autorité et maintenir la stabilité dans le pays après la révolution. Au cours de cette réunion, les révolutionnaires ne parviennent pas à s’entendre sur le nom à donner à cette nouvelle charge de chef d’État ou sur la forme concrète de ses pouvoirs.
Le 2 avril il est décidé d’abandonner l’ancien drapeau du royaume des Hommes au profit d’un nouveau composé d’un fond rouge sombre sur lequel se dressera un dragon noir. Après qu’ait été évoquée la possibilité de faire du pays une république sur le modèle du Comité Elfique, le gouvernement opte finalement pour le terme d’empire censé rassembler les citoyens en une seule communauté. Le chef de l’État prendra donc le titre d’empereur (emperaen en Arganien). Pour équilibrer la balance des pouvoirs, les affaires de l’État devront être assurées conjointement avec un Conseil impérial dont l’Empereur devra choisir les membres. Leurs nominations devront être approuvées par le Conseil législatif à chaque renouvellement. Le Conseil impérial se réunira avec l’Empereur une fois par semaine lors du Conseil d’État.
Le 3 avril le gouvernement décide de la création d’une armée impériale, la Rmark-Empra, qui remplacera donc l’armée royale. Les anciens grades sont abandonnés. Les tribunaux royaux disparaissent également. Désormais, les juges seront nommés directement par le Conseil législatif.
Le 5 avril est évoqué la question de la succession du pouvoir. Finalement, le gouvernement provisoire s’accorde pour que l’Empereur désigne lui-même son successeur à la condition que cette décision soit approuvée par le Conseil législatif. Ce même jour est adopté la devise du pays « L’union nous rend libre, la liberté nous rend fort, l’Empire prospère ».
Le 6 avril le gouvernent provisoire commence à débattre de la nomination du nouvel empereur. Après une réunion qui dure plusieurs heures, les chefs révolutionnaires se quittent sans avoir rien décider, souhaitant se donner du temps pour réfléchir.
Le 7 avril, Firmin Podiam propose de nommer Agnar Ilmada comme empereur. Il avance alors plusieurs arguments : il a le soutien du peuple et il a déjà exercé des responsabilités au sein d’un gouvernement, c’est donc celui qui a le plus d’expérience et de légitimité pour occuper cette charge. Les révolutionnaires se mettent donc d’accord : Agnar Ilmada sera couronné empereur. En s’inspirant du prénom du premier dirigeant de ce nouvel État, Hervic Fedouin propose d’adopter le terme Arganon pour désigner la nation des Hommes. L’appellation officielle du pays devient donc « Empire d’Arganon ».
Durant les deux jours qui suivent, le gouvernent provisoire continue à travailler sur la constitution, en apportant des modifications légères ou en proposant de nouveaux articles. La constitution finale est adoptée le 10 avril et est présentée à la population, qui l’accueille favorablement. Ce même jour, Agnar Ilmada est couronné empereur d’Arganon, sous le nom d’Agnar Ier. Radius, Podiam, Descroussins et Fedouin sont nommés par ce dernier pour composer son Conseil impérial. Dans les mois qui suivent, Agnar continue à gouverner de façon collégiale en ayant recours au vote lors des réunions du Conseil d’État et du Grand conseil d’État. Au fil du temps, Agnar réussit à s’affirmer dans son rôle d’empereur et prend de plus en plus de décisions unilatérales, ce qui n’est pas sans déplaire aux membres du Conseil impérial. Ainsi cette instance qui avait été pensée comme une seconde main du pouvoir exécutif se retrouve dans les faits cantonnée à un rôle purement consultatif. Ce changement est malgré tout accepté par la population, du fait de la popularité croissante d’Agnar et de sa capacité à stabiliser le pays dans les mois qui suivent la révolution.